Les vampires: de la mythologie à la culture populaire

Le vampire est une des créatures les plus courantes dans les littératures de l’imaginaire. Il tient une place importante dans la culture fantastique et est devenu une créature très bien connue du grand public. Comme tous les êtres imaginaires, on le retrouve dans de nombreux mythes et légendes. Cependant, la figure du vampire a beaucoup évolué depuis les premières légendes et s’est peu à peu ancré dans la modernité grâce à la littérature et au cinéma. Le vampire au sens de mort-vivant qui se nourrit du sang des humains la nuit, est apparu au début du 18 ème siècle et le terme s’est imposé en 1725. Auparavant, en Europe de l’Ouest, les vampires étaient désignés par l’étrange nom de « revenants en corps »  certainement pour s’opposer au terme fantômes qui eux sont intangibles. Le terme vampire a plusieurs étymologies: l’allemand Vampir, le hongrois vámpir désignant une chauve-souris et aussi le russe upyr, le mot upir existant dans toutes les langues slaves et désignant les revenants. On retrouve même le terme Vampir dans des procès-verbaux documentés de l’administration en Autriche.

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Le vampire dans les mythologies

Si la vision traditionnelle du vampire le décrit comme un être immortel qui mord les humains afin de se nourrir de leur sang et risque ainsi de les transformer à leur tour en vampire, on s’aperçoit qu’il existe de nombreuses créatures aux caractéristiques proches dans les légendes autour du monde. Les babyloniens croyaient en une créature suçant le sang des hommes et Lilitû était une divinité babylonienne assoiffée de sang (elle serait l’ancêtre de Lilith, première femme d’Adam puis créature maudite se nourrissant du sang des enfants). Les Assyriens avaient peur de l’Ekimmu, un cadavre animé qui s’en prenaient aux humains pour leur voler leur vitalité, un homme ayant transgressé un interdit religieux pouvait devenir Ekimmu après sa mort.

Des créatures démoniaques prenant la vitalité ou le sang des hommes se trouvent aussi dans la mythologie gréco-romaine: les lamies, des génies féminins, Empusa, les striges, uniquement des démons féminins. On retrouve un mort-vivant féminin également dans les légendes danoises, la Mara, présentée sous les traits d’une très belle jeune femme ou d’une sorcière, qui étouffait ses victimes durant leur sommeil. La Mara était devenue cette créature car les rites funéraires appropriés ne lui avaient pas été pratiqués, croyance que l’on retrouve chez les vampires. Le Dear-Dul appartient aux légendes irlandaises et évoque une créature hantant les tombeaux et séduisant les humains pour leur sucer le sang.

Les Aztèques craignaient aussi une créature féminine se nourrissant parfois de sang et surtout des peurs humaines, la Civitateo. Le lobishomen est un vampire au Brésil s’en prenant aux femmes. Le Chupacabras, au Mexique, monstre aux ailes de chauve-souris et aux yeux rouges se nourrit de sang et craint les crucifix. Le continent Africain a aussi des légendes de monstres proches du vampire: le Baka au Bénin, homme ayant fait de la sorcellerie de son vivant et suçant le sang de ses victimes, l’Owenga en Guinée ayant presque les mêmes caractéristiques. Les Aborigènes d’Australie ont aussi une légende sur le Garkain, monstre au corps humain et à la tête et ailes de chauve-souris buvant le sang et dévorant ses victimes. Dans la mythologie chinoise, il existe le Chiang-Shi, humain décédé violemment ou ayant commis des meurtres, craignant l’ail et la lumière du soleil.

On trouve donc des créatures monstrueuses avec des caractéristiques proches du vampire dans toutes les croyances autour du monde. La croyance en des morts-vivants assoiffés de sang est très répandue.  Cependant, aucune n’était appelée vampire ni n’avait toutes les caractéristiques du vampire que l’on connait. En effet, le vampire est liée à la religion chrétienne et a pris réellement naissance en Europe.

Le vampire européen

Le vampire est devenu ce qu’il est parce qu’il a été damné. Il est l’ennemi de Dieu et des hommes et doit être combattu avec les armes de la foi. Le sang dans la religion était sensé contenir l’âme et donc s’abreuver de sang revenait à voler l’âme de la victime et ainsi à la damner à son tour. Tous ceux qui de leur vivant s’étaient mal comportés ou qui n’avaient pas reçu les derniers sacrements pouvaient devenir vampire. Et même ceux qui n’avaient rien fait de mal mais étaient nés avec un signe distinctif tel que les bébés nés « coiffés », ou encore les roux! De nombreuses tombes ont été ouvertes afin de vérifier l’état des corps pour reconnaitre les vampires. L’ail était utilisé pour empêcher l’âme d’un vampire de retourner dans son corps. Quand finalement rien ne fonctionnait pour se débarrasser définitivement d’un vampire, on utilisait le fameux pieu dans le cœur. Le bois du pieu avait son importance selon les pays et il fallait un prêtre pour faire le rituel. Le vampire était aussi décapité et brûlé pour être bien certain qu’il était définitivement hors d’état de nuire.

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Le plus grand nombre d’histoires de vampire se situe dans le Sud-Est de l’Europe, plus particulièrement dans les Balkans où la peur du vampire était très importante. Les périodes où le plus grand nombre de cas de vampirisme étaient répertoriés, étaient souvent liées aux épidémies. Dans les croyances de cette époque, le vampire était un homme (ou une femme) mort et enterré puis sortant de terre quelques temps après son enterrement pour se nourrir de sang et de l’énergie vitale de ses victimes en les mordant en divers endroits. La victime souffrait d’anémie puis dépérissait en plusieurs jours puis devenait vampire à son tour. Pour éviter que la victime ne se transforme après sa mort, des méthodes de prévention existaient : on plaçait une pierre ou une pièce d’argent dans la bouche du mort, on les enterrait à l’envers, on plaçait du sel ou de l’ail dans le cercueil ou encore on les ligotait avec de l’aubépine.

Le nombre d’histoires de vampires était si important qu’il est même paru un ouvrage écrit par le bénédictin français Dom Calmet, Traité sur les apparitions des anges, des démons et des esprits et sur les revenants, et vampires de Hongrie, de Bohème, de Moravie et de Silésie en 1746. On trouve aussi des cas répertoriés officiellement de vampirisme: Arnold Paole soldat mort en 1727 en Serbie, Peter Plogojowitz, paysan serbe mort en 1725.

Du côté de l’histoire

Dans la tradition vampirique, certains personnages historiques ont nourri le mythe par leur caractère particulièrement sanglant. Le plus célèbre d’entre eux est bien entendu Vlad Dracula (1431-1476). Dracula, venant de  dracul (diable ou dragon en roumain), le nom vient de la décoration de l’ordre du dragon obtenu par son père. Son enfance fut assez difficile, il fut prisonnier du sultan jusqu’en 1448 où il s’évada pour regagner la Valachie et devenir voïvode. Il mena des combats terribles contre les turcs pour reprendre des territoires et acquit ainsi sa sinistre réputation et son surnom de Tepes qui signifie l’empaleur. Le nombre de ses victimes est incertain mais ce qui est sûr par contre, c’est que tout le monde le craignait, allié comme ennemi, tant sa cruauté était connue. Il mourut dans un piège tendu par les turcs et sa tête fut envoyée au Sultan. Le roman de Bram Stocker ayant un succès phénoménal, on trouve en Roumanie de faux sites touristiques reprenant les lieux du roman plutôt que la réalité des endroits où vécut Vlad Dracula.

Le second personnage historique est une femme: La comtesse Erzsébet Báthory (1560-1614). Elle vivait dans les Carpates hongroises, dans un château ayant servi de modèle à Bram Stocker dans son célèbre roman. S’ennuyant dans son château, elle s’adonna à la magie noire grâce à une de ses servantes. Ensuite, elle glissa sur la pente fatale en se persuadant que le sang des jeunes filles lui permettrait de garder sa jeunesse éternelle. On ne sait pas exactement combien elle fit de victimes, mais elles furent nombreuses, torturées, immolées et servant le délire de la comtesse sanglante qui prenait des bains de sang. Elle fut arrêtée en décembre 1610 et condamnée à être enfermée dans son château tandis que ses complices furent exécutés. Elle mourut 3 ans plus tard.

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Un français, Gilles de Rais (1400-1440), figure parmi cette sinistre liste. Il fut tout d’abord compagnon de Jeanne d’Arc et maréchal de France. Il fut ensuite démobilisé et retourna dans ses terres où par ennui, il s’initia à la magie noire et à l’alchimie. Cette passion le dévora au point qu’il voulut trouver le secret de la pierre philosophale et rien de mieux que le sang pour ça et spécialement celui des jeunes enfants. Le nombre de ses victimes est incertain, entre 40 et 300. Il fut arrêté et condamné à mort en 1440. Sa cruauté inspira le personnage de Barbe bleu et aussi quelques vampires.

Ces sinistres personnes ont inspirées les écrivains par la suite. Néanmoins, il existe de nombreuses explications à toutes les légendes sur les vampires. Les épidémies de peste en sont une première. Les morts étaient tellement nombreux qu’on enterrait les gens sans être forcément sur à 100% de leur décès. Même dans les périodes plus calmes, il est souvent arrivé que des personnes furent enterrées vivantes et décèdent d’asphyxie dans leur cercueil avec le suaire dans la bouche. Des faits que l’on retrouve dans les légendes vampiriques. Certains cadavres ont aussi été retrouvés dans un état de conservation inexpliquée des années après leur décès. Les superstitions ont fait le reste, transformant un phénomène certes étrange, et dont on ne connaissait pas les causes, en histoires surnaturelles puis en légendes. Enfin, certaines maladies rares et peu connues il y a encore quelques années, comme la porphyrie, peuvent expliquer les légendes. Les gens atteints de cette maladie souffrent d’anémie, ne supportent pas la lumière du soleil, ont le visage émacié rendant leurs dents proéminentes. L’ail détruisant les pigments rouges du sang, il est fortement déconseillé aux personnes souffrant de cette maladie. À une période un peu éloignée, les gens atteints de cette pathologie se soignaient en absorbant le sang des animaux. En somme, toutes les caractéristiques d’un vampire. Toutes ces explications ne résolvent pas tout mais sont certainement à la source de beaucoup d’histoires de vampires et ont nourri les superstitions.

Le vampire et la littérature

Les histoires sur les vampires auraient pu rester dans l’ombre mais la littérature du XIX ème siècle a fait entrer le vampire dans la légende et lui a permis d’acquérir ses lettres de noblesse. Le premier écrivain à parler du vampire est Heinrich Von Osseenfelder dans le poème Der Vampyr en 1748. Près de 50 ans plus tard, Goethe fait référence à un être ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort et qui boit du sang dans La fiancée de Corinthe (1797). En ce qui concerne les romans et nouvelles avec des vampires, ils sont très nombreux, beaucoup trop pour tous les citer. Nous verrons plutôt comment la figure des buveurs de sang a évolué dans la littérature.

La littérature classique:

Le premier roman sur le thème s’appelle logiquement Le Vampire et est signée John William Polidori en 1819. Le roman connait un grand succès en Europe et met en scène le personnage de Lord Ruthven. Le roman a une histoire assez particulière. Polidori était le valet de Lord Byron et il s’est inspiré d’une idée de celui-ci. La paternité du roman a toutefois été difficile à connaitre dans un premier temps. Byron, manquant d’inspiration, a préféré laisser ses notes à Polidori. Autre fait amusant, Byron avait eu l’idée du roman lors d’un défi lancé par lui-même, pendant une journée pluvieuse lors d’un séjour, à ses amis parmi lesquels figurait Mary Shelley qui eut l’idée de Frankenstein (le défi consistait à écrire un texte qui fasse peur).

Le thème du vampirisme eut un succès phénoménal et on le retrouve dans plusieurs textes à cette période dans la littérature européenne:  Lord Ruthwen ou les vampires de Charles Nodier (1820), La Morte amoureuse (publié dans Histoires de morts-vivants) de Gautier (1836), Varney, le vampire de James Malcolm Rymer (1845),  ou encore Histoire de la Dame pâle, nouvelle d’Alexandre Dumas (1849),Ville-Vampire de Paul Féval (1875). On retrouvera même le vampire au théâtre ou à l’opéra.

Autre roman marquant dans la littérature classique : Carmilla de Sheridan Le Fanu en 1872. L’Irlandais créa un vampire féminin séducteur et fit scandale par le caractère homosexuelle de ce personnage, s’opposant ainsi au côté bien-pensant de la Grande-Bretagne de l’époque. L’auteur s’est également inspiré de témoignages et du traité d’Augustin Calmet. Le roman contient même un appendice dans lequel l’écrivain s’attache à expliciter la façon dont un mort devient vampire.

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La figure du vampire doit énormément au roman Dracula de Bram Stoker, publié en 1897. Ce roman est devenu le symbole du mythe vampirique et figure parmi les romans les plus vendus au monde. Ce n’est pas le seul roman sur le thème de Bram Stoker, puisqu’il écrivit La Dame au linceul en 1909.  Dracula est écrit sous forme épistolaire et mélange journal intime, des notes et des télégrammes dans son récit. Il s’est bien sur inspiré de Vlad Dracula pour créer son personnage de vampire aristocrate. Les personnages secondaires sont aussi marquants comme Abraham Van Helsing, vampirologue inspiré du professeur hongrois Ármin Vámbéry de l’université de Budapest.

À la fin du XIX ème siècle, les romans avec des vampires se multiplient. Alexeï Tolstoï a écrit deux nouvelles sur le thème: Oupires et La Famille du Vourdalak. Dans ce texte, le vampire est l’opposé de celui de Stoker, c’est un vieux paysan serbe désagréable et brusque qui va s’en prendre à sa famille. Tolstoï revient ainsi aux sources même du mythe en utilisant les légendes paysannes de l’Europe de l’Est.

L’image traditionnelle du vampire a retenu plusieurs caractéristiques issues principalement des romans : une peau pale et froide, des canines supérieures longues, parfois des yeux rouges, un regard hypnotique, une force surhumaine, et l’immortalité. Le vampire a souvent été associé aux animaux nocturnes comme le loup et la chauve-souris. Parmi les faiblesses du vampire, on trouve l’ail, tout ce qui a trait à la religion chrétienne, l’argent, le soleil et les miroirs où ils ne se reflètent pas. Toutes ces caractéristiques viennent de la littérature qui s’était elle-même inspirée du folklore. Les moyens de destructions des vampires viennent aussi de cette image du vampire traditionnel : le soleil, le pieu dans le cœur, la décapitation, ou encore le feu.

∇Le changement de la figure vampirique:

Par la suite, certains écrivains ont voulu changer cette image traditionnelle du vampire en jouant sur ces aspects. Dans Je suis une légende (1954), Richard Matheson met en scène le dernier être humain vivant dans un monde peuplé de vampires. Cet homme est immunisé (par la morsure d’une chauve-souris porteuse du virus, étrange ironie) à une pandémie mondiale causée par un bacille, ce qui donne une explication scientifique à l’existence des vampires. Par la suite, d’autres romans de science-fiction, ont utilisé les buveurs de sang et ont fait évoluer son image. Il est aussi apparu dans d’autres genres littéraires comme le roman policier, ou la fantasy.

Cependant, un véritable tournant eut lieu dans les années 70 avec Anne Rice qui donna la parole aux vampires dans ses Chroniques des vampires. Elle a ainsi renouvelé le mythe des buveurs de sang en 1976 avec Entretien avec un vampire. Les créatures y sont  véritablement au centre des romans, ce qui les fait devenir beaucoup plus proche des lecteurs qui connaissent ainsi ses tourments.  Chez Anne Rice, le vampire est à la fois humanisé et sulfureux, il a des sentiments parfois contradictoires avec sa nature, n’a pas de tabous et est beaucoup plus libre.  Il a également un reflet et les croix ne le dérangent pas du tout, cependant ils ont toujours besoin de sang pour survivre. Le vampire perd alors son fondement manichéen et on s’intéresse à l’aspect psychologique. L’autrice s’interroge également sur les origines des vampires et créé le personnage féminin d’Akasha, la reine des damnés. Les codes des buveurs de sang évoluent avec les romans d’Anne Rice qui ont eu un succès considérable.

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Deux courants littéraires apparaissent ainsi à partir de cette période: un courant sombre proche de l’horreur où le vampire garde sa nature monstrueuse, et un autre un peu plus tardif flirtant avec la romance. Dans le premier courant, on peut noter plusieurs romans: Les prédateurs de Whitley Strieber (1981) avec une femme vampire séductrice et cynique qui cherche désespérément à rompre sa solitude. Un jeune garçon vampire de 12 ans dans la trilogie Timmy Valentine de S. P. Somtow commencée en 1984, devenu une immense pop star dans les années 80. Les vampires et le rock font souvent bon ménage. Poppy Z. Brite propose un univers sombre dans Âmes perdues (1992), où les vampires sont les représentants d’une autre espèce et s’amusent à braver tous les interdits de la société puritaine américaine. En France, on peut notamment signaler l’autrice Morgane Caussarieu qui a fait des buveurs de sang sa spécialité. Pour elle, les gentils vampires n’existent pas, comme le montre très bien Dans les veines en 2012 puis Je suis ton ombre en 2014. Deux romans à contre-courant par rapport au genre de la bit lit. Elle a même consacré un essai au thème, Vampires et Bayous en 2013, où elle évoque le fait que le vampire trouve un nouveau souffle en Lousiane, région où on le retrouve souvent. Cette transition a été amorcée par Anne Rice.

Le second courant propose une autre vision du vampire, il s’agit de la bit lit qui débute dans les années 2000. Littéralement, bit-lit signifie littérature mordante, c’est un sous-genre de la fantasy urbaine. Le terme a été inventé par l’éditeur français Bragelonne sur le modèle de la chick lit qui désigne la littérature pour filles. Le cadre de ces romans est moderne et les femmes y ont une grande importance.  Il y a énormément de romans dans ce courant et pas toujours de grande valeur, on y trouve souvent de la romance même si ce n’est pas systématique. Ce genre remporte un grand succès auprès des adolescentes, avec des personnages jeunes qui leur correspondent. Le succès des romans de Stephenie Meyer, la série Twilight, a contribué au succès de ce genre. Pourtant, le vampire y est complétement dénaturé et y devient chaste et brille au soleil. Il perd ainsi complétement sa nature véritable.

Le vampire s’est ainsi peu à peu modernisé pour correspondre à ce qu’attend le public. La religion a moins d’importance et le vampire devient plus humain, ressentant des émotions, ayant des remords. Le vampire moderne ressemble beaucoup plus aux humains et se comporte comme eux. Ainsi, les buveurs de sang apparaissent comme une créature polymorphe et on peut dire qu’à chaque époque correspond son vampire.

Le vampire au cinéma et en séries

Cette évolution de la vision des vampires se rencontre de la même manière au cinéma puis à la télévision. Les premiers films sur le thème reprennent les codes des premiers romans. Ils datent du début du 20 ème siècle avec notamment Nosferatu de Friedrich Murnau en 1922. Le film s’inspire de Dracula de Bram Stoker en changeant les noms des personnages et des lieux. La veuve de l’écrivain intenta un procès pour plagiat contre la production, qu’elle gagna. Un film Dracula fut réalisé en 1931 par Tod Browning avec Béla Lugosi. Le film est l’adaptation d’une pièce de théâtre inspirée du roman.

De nombreux films suivront et un nouvel acteur fera de Dracula sa spécialité: Christopher Lee. Il campe un vampire terrifiant doué d’un fort magnétisme et jouant parfois la séduction. Dans les années 1960, le vampire passe au petit écran avec la série Dark Shadows (plus tard adaptée au cinéma par Tim Burton). Dans les films de cette période, le vampire ressemble trait pour trait au vampire européen et à Dracula. On a le plus souvent un vampire aristocratique, revêtu d’un costume et d’une cape et s’exprimant avec un fort accent slave. Carmilla, en tant que classique de la littérature, eu droit aussi à ses adaptations cinéma: The Vampire lovers en 1970.

En 1967, le film Le Bal des Vampires de Polanski marque un changement avec l’introduction de l’humour dans le thème. Autre film intégrant de l’humour dans le thème, Vampire vous avez dit vampire? en 1985 avec Chris Sarandon où un jeune adolescent découvre que son voisin est un vampire et reçoit l’aide d’une ancienne star de télévision.

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Les films avec les vampires furent nombreux par la suite. Je parlerais donc seulement de quelques uns. En 1992, Francis Ford Coppola choisit d’adapter à son tour le roman de Bram Stoker en respectant la trame générale du roman mais en ajoutant une histoire d’amour entre le conte et Mina Harker. Par ce fait, Dracula apparait plus comme victime d’une malédiction à cause de la mort de sa bienaimée que comme un monstre. Le rôle titre est porté par l’excellent Gary Oldman, parfait dans le rôle, tour à tour inquiétant et séducteur. Van Hesling est interprété par Anthony Hopkins. Le film fut couronné par un grand succès critique et commercial.

Autre adaptation de roman à mentionner: Entretien avec un vampire en 1994 réalisé par Neil Jordan. Le côté séducteur du vampire est à nouveau présent et mis en avant par le casting : Brad Pitt et Tom Cruise y côtoient Antonio Banderas. Le film est très fidèle au roman et l’ambiance de la Nouvelle Orléans est très bien transcrite. Tom Cruise dont le choix avait été décrié à l’époque, y trouve un de ses meilleurs rôles et campe un brillant Lestat, charmeur, excentrique et cruel. Le troisième roman de la série, La Reine des damnés sera également porté à l’écran en 2002 mais avec beaucoup moins de réussite. Stuart Townsend fait pâle figure dans le rôle de Lestat de Lioncourt et le film est beaucoup trop tourné vers l’horreur.

John Carpenter, maître du cinéma d’horreur s’est intéressé aux buveurs de sang dans l’excellent Vampires en 1998. James Wood y campe avec brio, Jack Crow, un mercenaire à la solde du Vatican, chargé de localiser des « nids » de vampires et de les exterminer. Le film mélange une ambiance western à de l’horreur. Le film est nerveux, musclé, moderne, plein d’actions et avec une pointe d’humour et d’irrévérence. Les vampires ressemblent à des humains normaux mais se transforment en monstres pour se nourrir, la contamination par morsure prend quelques jours.

Le petit écran a eu son lot de vampires également: la série Vampire Diaries tirée d’une série de romans young adult, met en scène plusieurs créatures dont des vampires, des sorcières mais aussi des lycanthropes. Les personnages y sont tous beaux et grâce à de la magie, les vampires peuvent sortir en plein jour et mener la vie d’étudiant. Pas grand chose à se mettre sous la dent en somme. Autre série adaptée de romans, True Blood de 2008 à 2014, d’après la série de romances La Communauté du Sud de Charlaine Harris. Dans cette série, les vampires sont connus de tous et des scientifiques japonais ont mis au point du True Blood, un sang synthétique.

Moonlight, série qui ne connut qu’une seule saison en 2008 propose un vampire détective privé, Mick St. John. Celui-ci a été transformé par son épouse lors de leur nuit de noces. Les vampires ont des sentiments mais sont aussi cruels et se nourrissent d’humains. La série a connu un certain succès mais a souffert de la grève des scénaristes et n’a pas été renouvelée.

Enfin, gardons le meilleur pour la fin avec 2 excellentes séries sur le thème: Buffy contre les vampires et son spin-off Angel. La série fut tout d’abord un film de série B avant que Joss Whedon décide d’en faire une série correspondant plus à ce qu’il avait en tête. Les vampires sont un mélange de vampire classique et de folklore traditionnel : ils ressemblent à des gens normaux, mais se transforment en monstres dotés de grandes dents, ils craignent le soleil, les croix et l’ail, se transforment en poussière en mourant et n’ont pas de reflet. Surtout, ils n’ont pas d’âme, ils la perdent en devenant vampire. Seul Angel fait exception, car des sorciers lui ont rendu son âme pour qu’il prenne conscience de ses actes et soit ainsi tourmenté et maudit de très longues années. La série mélange humour, second degré, surnaturel, horreur et fait évoluer ses personnages tout au long des 7 saisons.

Le cinéma et la télévision montrent également l’évolution du vampire, des légendes vers le vampire moderne, beaucoup plus sensible, capable d’aimer et de souffrir et auquel les spectateurs peuvent s’identifier. Le vampire moderne ne vit plus seul dans son château perdu dans les montagnes. Il a besoin d’interactions sociales, de s’intégrer dans un groupe. Mais, il représente toujours le danger, la peur. La peur change juste de visage, n’est plus représenté par l’étranger d’un pays lointain mais par son voisin, ou son collègue.

Dans les autres cultures populaires

Les vampires ont également envahi peu à peu les autres cultures populaires et on les retrouve dans les jeux, l’art ou encore les bandes dessinées. Parmi les jeux de société, on peut citer La fureur de Dracula qui reprend les principaux personnages et l’intrigue du roman de Bram Stoker. Shadow Hunter est un jeu à identités cachées parmi lesquelles se trouvent un vampire qui doit reconnaitre ses alliés et ses ennemis. Le jeu A touch of Evil permet aussi d’enquêter et de détruire un vampire, dans une ambiance à la Sleepy hollow du meilleur genre. Le vampire se retrouve aussi dans de très nombreux jeux, c’est une créature commune dans les donjons, mais toujours dotée d’un grand pouvoir de nuisance (Dungeon Lords, Horreur à Arkham, Small World, Dungeon Twister, Nightfall, Smash up…).

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Cependant, c’est surtout au niveau du jeu de rôle que le vampire a le plus percé avec le célèbre jeu de rôle Vampires : la mascarade créé en 1990 par les éditions Withe Wolf. Le jeu fut inspiré entre autres par les romans d’Anne Rice. Dans ce jeu, les vampires ont une origine mythologique qui apparait dans le livre de Nod (parfois présenté à tort comme un vrai livre de la Bible) et descendent de Caïn. Le jeu de rôle appartient au Monde des Ténèbres et a développé toute une mythologie autour des créatures de la nuit. Ces derniers vivent parmi les humains et se font passer pour des humains normaux d’où le nom « mascarade ». De nombreux romans tirés du jeu de rôle ont été écrits. Ce jeu de rôle a connu un immense succès et des soirées « grandeur nature » fondées sur le jeu ont même vu le jour, avec comme thème la guerre entre les différents clans de vampires.

Les bandes dessinées sur le thème sont également nombreuses. Je mentionnerai donc juste deux célèbres comics qui montrent l’évolution des codes sur les vampires. Vampirella est un comic book créé en par le scénariste Forrest J Ackerman et le dessinateur Frank Frazetta. La particularité de Vampirella est qu’elle vient de la la planète Drakulon, un monde assez particulier dont les habitants se nourrissent de sang. Il faut dire qu’on en trouve facilement puisqu’il y coule dans les rivières. La planète se meurt suite à des éruptions solaires.Vampirella est de la race des Vampiris et va partir à la découverte de la Terre à bord d’une navette spatiale terrienne qui s’est écrasée sur Drakulon. Vampirella y coula des jours heureux et y fit de nombreuses rencontres dont Dracula, un Drakulien lui aussi. Les origines des vampires sont ainsi différentes des légendes. Une adaptation cinématographique basée sur les comics a été réalisée en 1996 par Jim Wynorski.

Autre comics présentant une variation dans les codes vampiriques: Blade créé en 1973 pour Marvel Comics par le scénariste Marv Wolfman et le dessinateur Gene Colan. Blade est un super-héros et un dhampire, c’est-à-dire un demi-vampire, créature mi-humaine et mi-vampire. Sa mère a été mordue par un vampire pendant sa grossesse puis mourut en couches. Au départ, le personnage apparaissait dans Tomb of Dracula dans les années 1970 avant d’avoir sa propre série. Blade combat les autres vampires infiltrés dans la société. En 1998, un film fut tiré des comics, Blade  avec Wesley Snipes dans le rôle-titre. Une série télévisée a même vu le jour sur Spike TV pour une saison avec Sticky Fingaz.

Les vampires sont donc très présents dans la culture populaire. On les retrouve dans la littérature, la télévision, le cinéma, les jeux mais aussi dans les bandes dessinées. Ils ont énormément évolué au fil des ans et ont su s’adapter aux différentes époques. Le mythe s’est essentiellement développé par les arts populaires qui lui ont permis d’écrire son nom en lettres de sang. L’aspect marquant du vampire est le fait qu’il soit à la fois humain et monstrueux. Il catalyse en lui les craintes sur la mort, sur les autres, sur la vie éternelle et ainsi parle à tout le monde.

Sources:
  • Vampires: De la légende au mythe moderne de Jean Marigny (2011)
  • Vampires! de Élisabeth Campos & Richard D. Nolane (2018)
  • Créatures! Les monstres des séries télé de Joël Bassaget & Amandine Prié (2012)

 

 

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18 commentaires sur “Les vampires: de la mythologie à la culture populaire

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  1. En complément concernant le Jeu de Rôles, la première apparition d’envergure du Vampire c’est dans le scénario Ravenloft pour AD&D en 1983. Le Baron Strahd Bon Zarovich est d’ailleurs très inspiré du Comte Dracula de Stoker.

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  2. Je n’ose imaginer le nombre d’heures pour compiler tout ça ^^
    Un livre que j’ai énormément aimé sur toutes les origines vampiriques c’est L’encyclopédie amoureuse des vampires
    J’avais un livre biographique sur la Comtesse Bathory mais je l’ai prêtée il ne m’a jamais été rendu pfff, et le film la Comtesse est bien fait

    Aimé par 1 personne

  3. Vraiment magnofique comme travail documentaire et de rédaction!

    Carmilla fait partie des romans que je souhaite lire un jour, pour savoir qu’elle était cette figure au XIX°. Quant à Meyer, elle a tué le vampire, c’est de l’assassinat pur et simple. Qui veut de cet éphèbe lymphatique, blafard et émasculé comme anti-héros ? Je les appelles les « végéte-et-rien » car il ne font que passer leur temps à se regarder leur brillant nombril, et se mettre du gel dans leur brushing.

    As-tu lu True Blood ou juste vu la série ? J’ai lu et vu, et cela a été un épic fail assez terrible.

    Bref : BRAVOOOOOOOO!

    vive MON Troll!

    Aimé par 1 personne

    1. Merci beaucoup mon lutin!
      Je suis tout à fait d’accord avec toi concernant les vampires de Stéphanie Meyer et j’aime beaucoup ton expression, elle correspond très bien! Elle a créé une créature hybride et qui n’a plus rien du vampire et en cela lui a enlevé son essence, tout ce qui le caractérisé vraiment. J’ai commencé à regarder la série True Blood et pas accroché non plus.

      Aimé par 1 personne

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