Entretien avec Emmanuel Chastellière

Il y a environ un an, un article nouveau avait fait son apparition sur le blog: une interview. Depuis, j’ai réitéré ce concept seulement une fois. Alors je me suis dit qu’il était temps d’y revenir! Emmanuel Chastellière a très gentiment accepté de répondre à nouveau à mes questions à l’occasion de son actualité très chargée pour ce mois d’avril avec la sortie de 2 romans.

Petite présentation de l’auteur :

L’image contient peut-être : 1 personne, sourit, assis et intérieurEn septembre 2000, en parallèle avec des études supérieures en Histoire, il lance avec deux camarades le site Elbakin, dédié à la fantasy sous toutes ses formes.
Depuis, le site a bien grandi, se dotant d’une association en 2006 ou d’un prix littéraire en 2010.
Il est également rédacteur en chef du site pour lequel il continue de publier des chroniques sous le pseudo de Gillossen. Il est surtout traducteur littéraire professionnel depuis 2007, à son actif notamment La Chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard . Il a plusieurs autres projets en cours. Son blog permet d’ailleurs de les connaitre. Côté actualité, Les jardins de la lune de Steven Erikson aux éditions Leha doit paraitre en mai avec une nouvelle traduction signée Emmanuel Chastellière. Également, en sortie imminente, le 19 avril chez Critic, L’empire du léopard et le 26 avril, chez Scrinéo, Poussière fantôme.

Maintenant laissons la parole à Emmanuel Chastellière:

Votre actualité à venir est très chargée avec la sortie de deux romans dans deux genres différents, est-ce une volonté de votre part de toucher à tout ou un hasard ? Un genre a-t-il votre préférence ?

C’est clairement un concours de circonstances ! Je n’ai pas écrit les deux romans en parallèle, donc je me retrouve effectivement avec une double actualité d’auteur cette année et même ce mois-ci, puisque les deux sortent quasiment en même temps, à une semaine près.

Cela dit, j’aime bien toucher un peu à tout, donc dans tous les cas, j’aurais écrit ces histoires-là ! J’essaie de ne pas raisonner en termes de genres. Quand je me lance dans un nouveau récit, je ne fais en général pas vraiment attention à son appartenance (si je puis dire), d’autant que je préfère brouiller les pistes. C’est davantage les personnages qui sont mon moteur, l’univers aussi. Mais l’univers justement, n’est pas censé se limiter aux codes d’un genre précis ou bien défini. Du moins, c’est comme ça que je le conçois.

L’Empire du Léopard est votre premier roman de fantasy, est-ce que vous avez envie de retrouver ce genre à l’avenir ?

Pourquoi pas ? Je ne me l’interdis pas. Je ne saurais pas vraiment classer ce roman, à vrai dire. Ce qui est certain, c’est que la fantasy, j’en ai beaucoup lu et traduit. Je pourrais sans doute même dire que je baigne dedans. Ça reste le genre que je connais le mieux, sans doute. Mais c’est aussi pour ça que je ne ressentais pas d’envie particulière de m’y frotter jusqu’à présent. On va dire qu’un certain type de fantasy ne m’attire plus depuis longtemps (comprendre, tout ce qui est récit initiatique, prophéties, etc…) et je n’éprouve aucune nostalgie pour mes lectures de jeunesse. Bon, évidemment, si l’on me proposait de reprendre Elric… je ne répondrais sans doute pas la même chose. Mais c’est déjà très bien fait en BD, malheureusement pour moi !

En tout cas, avec le temps, je suis devenu très difficile sur le plan de la fantasy épique, on va dire, pour faire court. Généralement, mes lectures m’entraînent désormais vers des territoires plus… brumeux, plus complexes à cerner.

L’Empire du Léopard se rapproche de la flintlock fantasy qui est un genre où œuvrent beaucoup d’auteurs anglo-saxons, était-ce voulu ?

C’est un sous-genre que j’ai d’abord découvert en traduisant et pour lequel j’ai un petit faible. J’avais d’ailleurs été très frustré en tant que traducteur par l’arrêt de la série de Django Wexler, La Campagne des Ombres, dès son premier tome, Les Mille Noms. Alors, quitte à écrire de la fantasy… Donc, oui, bien sûr, c’était une volonté !

C’est aussi un pari : ce n’est pas forcément le courant le plus vendeur en Imaginaire… Ce que je voulais éviter, c’était de plonger dans quelque chose de « trop » militaire, à mon goût. Je connaissais ça aussi, avec Le Régiment Perdu, le premier cycle dont je me suis occupé en tant que traducteur. Ces romans occupent forcément une place particulière pour moi, mais la dimension militaire écrasait à mes yeux tous les autres aspects de l’histoire (ce qui pouvait se comprendre dans le contexte). Je ne voulais pas de ça. L’Empire débute d’ailleurs après le plus gros de la campagne qui a permis la conquête de la péninsule. Je n’avais pas envie d’une succession sans fin de batailles. Ni de jouer le petit Français qui vient défier les Américains sur « leur » territoire. Sur ce plan-là, je ne vois pas les choses ainsi !

Pouvez-vous me dire quelles ont été vos influences pour la création de l’univers de l’Empire du Léopard ? Comment l’idée du roman vous est-elle venue ?

Au départ, comme souvent avec moi, tout est parti d’une seule image : celle de l’éclipse de lune. Mais j’avais déjà écrit deux nouvelles dans cet univers et j’avais très envie d’y retourner. On y trouvait les fées, un conflit militaire de type guérilla cette fois, la jungle, une certaine noirceur… Mais ces nouvelles prenaient place autour des années 1940-50, selon la chronologie de ce monde.

L’Empire se déroule quant à lui en 1870, car j’avais envie de revenir sur les conséquences directes de la phase de conquête et les premiers contacts entre une puissance coloniale et ses  « victimes ».

Sur le plan des influences, je dirai qu’elles sont nombreuses… Je sais que l’on va souvent associer cet univers à l’Amérique du Sud, notamment sur le plan « culturel », ou du climat, etc… Mais ma jungle est une jungle de montagne et mes léopards sont des léopards des neiges. Je n’ai pas écrit un roman historique (même si j’aime beaucoup ce registre !) car je ne voulais pas en être prisonnier. Maintenant, il est évident que je ne peux pas rejeter cette influence, et, d’ailleurs, j’ai beaucoup lu à ce sujet, y compris sur la question de l’histoire de la démocratie argentine, comment la colonie qui précéda ce pays (après une conquête lente et difficile…) a aussi été influencée dans ses luttes par des questions économiques, sociales, et pas « uniquement » une soif de liberté et d’indépendance. C’est un sujet passionnant. Ma Carthagène par exemple est directement inspiré des premières années de la ville de Bueno Aires, sauf pour le port en eau profonde, plus proche de Mar del Plata.

Mais il n’y a pas que ça ! J’avais envie d’un amalgame original, plutôt que d’une Amérique Centrale/du Sud de « pacotille ». C’est aussi pour ça que ma phase de conquête ne se déroule pas au 16e siècle et surtout que je suis en prime allé puiser du côté de Sumer ou Babylone, mais aussi du Népal, du Bénin – le temps d’une seule scène d’ailleurs – voire de certains peuples des Premières Nations, en Amérique du Nord. J’ai sincèrement cherché à faire de l’ensemble un véritable creuset, une terre de mythes et de légendes. Il faut plutôt se mettre en quête de l’Empire de l’autre côté de hautes montagnes qu’au cœur de la jungle…

 Quels sont les thèmes que vous avez voulu aborder ? Il y a beaucoup de thématiques différentes dans le roman ; l’une de celles que j’ai trouvée pour ma part la plus intéressante est la colonisation et son impact sur les pays colonisés.empireleopard

J’ai fait des études supérieures en Histoire donc c’est une question que j’avais bien sûr l’occasion d’aborder et qui m’interpelle beaucoup. C’est avant tout une source de conflits et de douleurs, quelle que soit la volonté de chacun. Des populations déplacées, des cultures étouffées, des transformations menées à une cadence infernale… c’est souvent un terreau bien sombre. Et bien sûr, hors de question pour moi de me montrer manichéen.

Je voulais vraiment montrer une colonie encore fragile, parcourue de tensions diverses, de colères qui couvent… La conquête de la Lune d’Or représente un peu une tentative de la dernière chance pour le Coronado. Et tout ne se passe pas comme prévu, loin de là. Les ressources naturelles ne sont pas celles espérées, la géographie des lieux s’avère nettement plus compliquée à appréhender/dominer que ce que les conquérants avaient imaginé… et il faut bien sûr rendre des comptes au roi, de l’autre côté de l’océan, qui lui n’accepte pas d’excuses.

Au-delà des aspects culturels et sociétaux, l’exploitation des ressources naturelles justement s’est tout de suite superposée au reste, même si cela demeure en arrière-plan. J’ai aussi abordé des thèmes plus intimes, plus liés à tel ou tel personnage que les notions déjà évoquées. Je songe notamment au destin de Cérès, l’héroïne du roman, et sa façon d’appréhender sa féminité, mais aussi à Philomé, le vice-roi de la colonie, dont les idéaux le poussent parfois à fermer les yeux sur la réalité, à Camellia qui se cherche une place entre deux sociétés, et je ne parle même pas des personnalités appartenant à l’Empire lui-même.

Le roman est plutôt dense et compte plus de 600 pages, était-ce voulu au départ ? Aviez-vous dans l’idée de produire un roman aussi long ?

Pas tout à fait… Disons que je m’étais engagé sur quelque chose de plus « ramassé ». Et c’était sincèrement ce que j’envisageais. Mais j’ai rendu une première version déjà un peu plus longue que prévu et au lieu de chercher à la raccourcir, mon éditeur Simon Pinel m’a encouragé à creuser davantage encore la psychologie des personnages, leurs dilemmes, et j’ai senti que l’une des façons d’y parvenir, c’était à travers l’univers lui-même. Certaines scènes se sont vraiment écrites toutes seules, presque sous mes yeux. Mais si ça peut rassurer ceux qui imagineraient peut-être un roman d’ambiance, il m’a aussi recommandé de ne pas hésiter à « lâcher les chevaux », niveau effets spéciaux et spectaculaire !

Au tout début, tout le roman devait se dérouler sur les terres de l’Empire lui-même, mais je me suis rapidement rendu compte que développer la colonie, ses modes de vie en mutation, sa naissance même, pouvait constituer un vrai plus, quitte à retarder le départ pour la capitale de cette puissance autochtone.

Par rapport à la violence présente dans certains passages, ces scènes ont-elles été difficiles à écrire ?

Pas vraiment. Plus à relire qu’à écrire, en réalité. J’ai conscience que le roman contient quelques passages très durs, peut-être même plus psychologiquement que sur un plan simplement graphique. Si Célestopol ou Le village n’étaient pas des romans très gais, loin de là, peut-être que la violence s’y révélait plus froide, moins viscérale. Mais je ne me suis jamais dit « Allez, avec cette scène, il faut vraiment que j’arrive à choquer le lecteur ! »

Personnellement, j’estime ces scènes nécessaires et je les ai écrites comme les autres, avec la plus grande sincérité possible et absolument aucune envie d’en rajouter dans les détails ou le glauque. Simplement… on se retrouve parfois plongé en plein cauchemar dans la vie. Ça arrive. Et pour retranscrire ces états de détresse ou de fureur souvent absolue… Mais je sais que j’en demande beaucoup à mes personnages, c’est certain.

En finissant ma lecture, je me suis tout de suite dit que j’aimerais beaucoup revenir dans cet univers, une suite est-elle prévue un jour prochain ?

Déjà, merci beaucoup !

Une suite directe, je ne pense pas, l’idée au cœur du projet avec Critic était vraiment de proposer un one-shot, une histoire complète et qui se tient en un seul (gros) volume. Revenir dans cet univers en revanche… Je suis sûr qu’il y a effectivement encore plein d’histoires à raconter !

Récemment, j’ai beaucoup aimé Godless, une mini-série Netflix par Scott Frank. Et pour qui aura lu L’Empire du Léopard, je me suis pris à rêver d’une histoire située par exemple vingt ou trente ans plus tard, dans un contexte plus western, avec de grands troupeaux à perte de vue sur d’immenses plaines, plus argentines qu’américaines…

Un des points que j’ai le plus apprécié dans le roman est le travail effectué sur les personnages, tant principaux que secondaires. Comment s’y prendre pour les définir ? Pour les faire évoluer ?

Merci là aussi !

J’ai beaucoup de tendresse pour mes personnages, quasiment tous dans le cas présent. Pour ce qui est de les définir, je pense qu’il n’existe pas de règle absolue. Philomé par exemple a radicalement changé de caractère entre les deux premières versions du roman. Il était beaucoup plus caricatural avant, disons. D’autres sont nés, comme ça, d’une vision, là encore. Et puis, un personnage comme Kamil, le lieutenant d’Artemis Cortellan, n’apparaissait que le temps de trois répliques dans le premier jet du roman.

Quand il a été temps d’étoffer mon histoire, j’ai tout de suite eu l’idée de lui faire former un « duo » avec un autre personnage et là encore, leurs interactions se sont écrites naturellement. D’autres protagonistes de l’intrigue sont peut-être plus classiques, pour ce qui est de leur rôle de « base », mais j’espère que leurs portraits sont suffisamment bien élaborés pour qu’ils soient dotés d’une belle épaisseur.

Pour ce qui est de les faire évoluer, disons que je connaissais à peu près leur destination. Ensuite, à moi de les entraîner là-bas au fil de l’intrigue… Mais je dois dire que le roman lui-même finit par acquérir sa propre voix, prenant de nouvelles directions parfois. Et avec le recul, je m’aperçois après coup de ce que j’ai voulu faire… à moins que ce soit le roman justement qui finisse par inspirer le destin de ses héros.

En tout cas, j’en profite pour remercier encore Simon Pinel pour m’avoir poussé en ce sens, mais aussi Camille Mathieu, la correctrice, qui, au-delà de son travail, a vraiment l’œil pour saisir toutes les nuances d’un personnage.

J’aurais bien aimé une carte pour mieux situer les différents endroits de la péninsule de la Lune d’or qui est un univers nouveau. Pourquoi n’y en a-t-il pas eue?

Ah, la carte ! Nous en avons discuté avec Critic. De leur côté, ils ne trouvaient pas une carte absolument nécessaire et, du mien, je n’étais pas vraiment persuadé du contraire, donc je n’ai pas insisté outre mesure pour en inclure une.

Finalement, je me dis que ça colle plutôt bien avec l’atmosphère de brume de la péninsule, qui reste un lien mystérieux. Chaque étape reste une surprise pour le lecteur.

Si vous devez vous représenter la Lune d’Or, imaginez une péninsule ressemblant vaguement au Costa Rica mais « inversé », qui ne serait rattaché à aucun autre territoire au sud et avec beaucoup plus d’îles parsemant le Golfe du Mexique. Et en plus grand. Et à cheval sur l’équateur.

Entre autres choses !

Pourriez-vous nous parler un peu de Poussière fantôme, qui doit paraître le 26 avril chez Scrineo ?poussière

Alors, Poussière fantôme est un roman beaucoup plus court que L’Empire du Léopard et je dirai aussi beaucoup plus léger dans le ton !

Pour faire bref, c’est une sorte de mélange entre Scooby-Doo et SuperNatural ! L’écriture de ce roman fut une véritable récréation pour moi et j’espère que les lecteurs le sentiront aussi de leur côté. Les premières pages sont à lire sur le site de l’éditeur.

C’est une histoire plus Young Adult, plus urban fantasy/fantastique, mais je crois qu’on peut la lire à tout âge. Bon, peut-être pas à 8 ans, mais…

Un point sur vos futurs projets ?

Pour le moment, j’ai une nouvelle à terminer, peut-être deux… mais c’est à peu près tout. Je prépare aussi un retour à Célestopol en 2019, d’une façon ou d’une autre. Mais pour le reste, j’hésite actuellement entre plusieurs synopsis. Quatre, pour être précis.

En fait, l’aventure de l’Empire s’est achevée finalement il y a encore bien peu de temps et je pense que j’avais sous-estimé son poids et sa résonnance. Surtout avec une sortie aussi proche, qui fait que j’ai à peine eu le temps de souffler entre les deux.

Je voulais revenir un peu à Célestopol : j’ai lu qu’il y avait un projet de jeu de rôle inspiré de ce recueil de nouvelles, je me demandais où en était le projet et quelle forme il prendra ? L’aventure bande dessinée initiée avec Célestopol est-elle destinée à continuer ?

2469c-1491511640519Pour l’instant, le projet se présente sous la forme d’un petit scénario unique à jouer (une histoire originale, pas la transposition de l’une des nouvelles du recueil). A priori, en trois ou quatre sessions de jeu. Forcément, si jamais c’est possible, j’espère bien pousser l’expérience au-delà… J’aimerais en tout cas que ce premier module soit dispo avant les Imaginales, dans l’idéal, mais je ne peux pas encore le garantir avec certitude.

Concernant l’aventure en bande dessinée, c’était compliqué de monter un projet d’album avec Em pour le moment, mais c’est quelque chose qui m’a toujours intéressé et que je compte bien poursuivre là aussi, un jour ou l’autre. En attendant, on a toujours un tarot aux couleurs de la ville à vous présenter, ce qui demande tout de même moins de temps !

Avez-vous des conseils lecture à nous donner ?

Pour ça, rendez-vous sur Elbakin.net bien sûr, mais au-delà du clin d’œil, j’ai bien aimé récemment Amatka ou La Ballade de Black Tom. Sans parler de The Mermaid and Mrs Hancock, en anglais cette fois.

Mais je dois dire que depuis plus d’un an maintenant, je lis tout de même beaucoup moins, à mon grand regret. Cela dit, à choisir, et même si la lecture a toujours été une grande passion, il est vrai que je préfère encore écrire !

∼∼∼∼∼∼∼∼∼

Je voulais encore une fois remercier chaleureusement Emmanuel Chastellière de nous avoir accorder cette interview. Si vous voulez le rencontrer, obtenir une dédicace, discuter de ses livres:

– il sera aux Futuriales  salon qui aura lieu le samedi 5 mai à Aulnay-sous-bois et pour lequel Célestopol est nominé au prix Révélation 2018.

– il sera aux Imaginales salon qui aura lieu du 24 au 27 mai à Épinal.

En complément :

L’Empire du Leopard- Emmanuel Chastellière

Célestopol

Le Village

 

 

 

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19 réflexions au sujet de « Entretien avec Emmanuel Chastellière »

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