L’hypothèse du lézard de Alan Moore

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Les éditions ActuSF  ont lancé leur collection graphique, ActuSF Graphic et pour cela ont eu recours à une campagne de financement participatif. Le projet a été financé à hauteur de 190% sur la plateforme Ulule. La collection propose des novellas illustrées: « ActuSF Graphic, ce ne sont pas des artbooks, ni des BD ou des romans graphiques ; ce sont des nouvelles ou des novellas avec des illustrations inédites qui accompagnent les textes. » La collection est dirigée par Jean-Laurent del Socorro. Parmi les ouvrages ouvrant la collection il y a L’hypothèse du lézard d’Alan Moore. Les illustrations sont signées Cindy Canévet qui a entre autre signé les couvertures de Lovecraft : Je suis Providence de S. T. Joshi.

Un nouvel écrin

L’Hypothèse du lézard a été rédigée en 1987 et publiée dans une anthologie dans laquelle les différents auteurs situaient leurs textes dans le même univers prédéfini, en l’occurrence la ville de Liavek, la Cité de la Chance. En France, il a fallu attendre 2005 pour qu’elle voit le jour chez Les Moutons électriques. L’ouvrage s’intitulait également L’Hypothèse du lézard mais en plus du texte, on trouvait des essais analytiques et  des entretiens en hommage à Alan Moore, scénariste de comics, et écrivain britannique. Pour la collection ActuSF Graphic, l’éditeur a gardé la traduction de Patrick Marcel mais a choisi un nouvel écrin pour ce texte qui contraste énormément avec la précédente parution. L’album est illustré par Cindy Canévet dans des tonalités froides mais avec des dessins très expressifs.

Le récit se situe principalement dans La Maison sans Horloges, un bordel de Liavek. Cette ville de fiction a la particularité d’avoir été partagée par plusieurs écrivains dans des nouvelles entre 1985 et 1990. Parmi les écrivains qui y ont situé des textes on trouve Nancy Kress, Steven Brust ou encore Megan Lindholm alias Robin Hobb. On trouve d’ailleurs le recueil intitulé Liavek dans la Collection Perles d’Épice d’Actusf. La ville sert surtout de toile de fond mais l’essentiel de l’histoire se déroule dans La Maison sans Horloges, dirigée par maîtresse Ouish. Le récit est en effet presque un huis-clos entre quelques personnages de la maison close. Parmi ces protagonistes, Som-Som que l’on trouve sur la couverture du livre, vendue par sa mère à maîtresse Ouish alors qu’elle n’était qu’une petite fille. Les autres personnages sont Foral Yatt et Raura Chin deux comédiens habitant également La Maison sans Horloges.

Une ambiance glauque

La maison sans Horloges est une maison de plaisir destinée aux sorciers. À ce titre, les personnes qui l’habitent sortent clairement de l’ordinaire. Som-Som a subi très jeune une opération qui lui a séparé les deux moitiés du cerveau. Depuis, elle porte un masque en porcelaine sur la moitié du visage, n’a plus de cheveux, et s’exprime très étrangement, n’ayant plus un usage raisonné de la parole. Raura Chin est un garçon androgyne que l’on nomme « Elle », Livre a le corps entièrement tatoué de phrases. On ne croise jamais dans le récit ces fameux sorciers, le récit se focalisant sur l’histoire d’amour entre Foral Yatt et Raura Chin, qui vivent un drame amoureux assez classique. Som-Som est le témoin de leur histoire, un témoin involontaire à qui Raura Chin se confie mais qui ne peut lui exprimer ce qu’elle ressent ni pense.

L’ambiance du récit est sombre et glauque, tout y parait à la fois raffiné et monstrueux. Il y a également un côté froid, triste qui imprègne les lieux. Som-Som a subi des mutilations définitives alors qu’elle n’était qu’une enfant. Il est assez difficile de comprendre cet endroit et ces personnages. Heureusement, le travail d’illustration de Cindy Canévet vient relever le récit. Son travail à l’encre de Chine est vraiment splendide, les visages sont très expressifs. Les illustrations donnent vie aux lieux, aux personnages. Certes, Cindy Canévet a du travailler une fois que le texte était rédigé et longtemps après sa création, mais elle arrive à lui donner sa marque, à lui donner corps.

En offrant un nouvel écrin à L’hypothèse du lézard d’Alan Moore, la collection Actusf Graphic a fait un très beau travail surtout grâce aux formidables illustrations de Cindy Canévet qui magnifient une histoire à l’atmosphère sombre et glauque. J’ai eu du mal à vraiment entrer dans ce récit, néanmoins l’objet livre est une belle réussite.

Autres avis: Les carnets d’une livropathe, Dionysos,

dav

Auteur : Alan Moore

Traduction: Patrick Marcel

Illustratrice : Cindy Canévet

Parution : 29 mai 2020

Som-Som est vendue par sa mère à la Maison sans Horloges de Liavek. Elle va être soumise au Silence et porter le Masque brisé qui la destine à devenir l’amante des magiciens et la gardienne de leurs secrets. Isolée par son incapacité à communiquer, elle va alors assister à l’histoire d’amour violente et cruelle entre Foral Yat et Raura Chin, deux comédiens qui résident avec elle dans la Maison sans Horloges.

L’illustratrice Cindy Canévet a réalisé la très remarquée couverture de Je suis Providence, la biographie de référence sur H. P Lovecraft. Elle donne cette fois vie à la ville de Liavek et aux personnages de L’Hypothèse du lézard, une nouvelle fantasy signée par le grand Alan Moore (Watchmen, V pour Vendetta).

Cette chronique fait partie du challenge S4F3

14 commentaires sur “L’hypothèse du lézard de Alan Moore

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