Interview Emmanuel Chastellière

Un article tout nouveau pour le blog et pour moi: une interview, Emmanuel Chastellière a, en effet, accepté de répondre à quelques questions, suite à la sortie le 18 mai de son second livre, Célestopol, aux Éditions de l’instant dont vous pouvez lire la chronique ici. Son premier roman Le village, chez le même éditeur, a connu un beau succès et est nominé pour le prix Imaginales dans la catégorie roman francophone. Il sera d’ailleurs présent aux Imaginales cette année. Il est également au sommaire de Dimension Routes de Légende, anthologie présentée par Estelle Faye et Jérôme Akkouche chez Rivière Blanche et de de l’anthologie Gentlemen mécaniques aux Éditions de l’instant.

Pour ceux qui ne le connaissent pas encore:

En septembre 2000, en parallèle avec des études supérieures en Histoire, il lance avec deux camarades le site Elbakin, dédié à la fantasy sous toutes ses formes.
Depuis, le site a bien grandi, se dotant d’une association en 2006 ou d’un prix littéraire en 2010.
Il est également rédacteur en chef du site. Il est surtout traducteur littéraire professionnel depuis 2007, à son actif notamment La Chute de la Maison aux Flèches d’Argent d’Aliette de Bodard . Il a plusieurs autres projets en cours. Son blog permet d’ailleurs de les connaitre.

Place aux questions et réponses :

¤ Peux-tu me dire quelles ont été tes influences pour la création de l’univers ? Quelle a été la genèse du livre ?

La genèse du recueil est finalement assez simple. Peut-être la plus simple parmi tous mes projets, jusqu’à maintenant ! J’ai d’abord écrit Fly Me To The Moon en vue de la soumettre au sommaire de l’anthologie Gentlemen mécaniques. Elle a été acceptée très

vite et devant l’enthousiasme de Patrick Dechesne, l’éditeur, j’ai eu l’idée dans la foulée de lui proposer un recueil entier, comme ça, sur un coup de tête en somme.
Je suis un grand amateur de nouvelles (ou de romans) situées dans une ville précise, ou de cités incarnant un personnage à part entière en tous cas. La Cité des Saints et des Fous de Jeff VanderMeer, la Lankhmar de Fritz Leiber bien sûr, dans un registre plus fantasy, la Nouvelle-Crobuzon de China Miéville… Je pourrais en citer (ah, ah) beaucoup ! Plus récemment, j’avais eu la chance de traduire le roman La Cité des Dieux de Felix Gilman, qui m’avait vraiment marqué pour son atmosphère à part.
Et bien sûr, je dois également mentionner la littérature russe, avec des auteurs comme Dostoïevski, Tourgueniev, ou encore Boulgakov, que j’ai découvert finalement tout récemment. Mais si je dois me montrer vraiment complet, je ne peux oublier d’autres cités comme la Columbia de… Bioshock Infinite. Oui, des auteurs classiques russes aux jeux vidéo, je suis du genre à me nourrir de nombreuses influences.
J’ai donc soumis une idée de sommaire complet à mon éditeur, qui l’a validé. L’écriture m’a ensuite occupé quelques mois, mais tout est allé assez vite. Certaines nouvelles n’ont finalement pas été rédigées, d’autre sont venues les remplacer dans la table des matières… c’est un processus assez fluctuant !

¤ Il y a 15 nouvelles dans le livre, elles sont très variées au niveau ambiance et genre mais on retrouve un point commun : un aspect sombre, sans happy-end. Était-ce voulu au départ ?

Non, pas forcément ! Même si je commence à me dire que je finis toujours par effectuer ce virage. Mais non, ce n’est pas volontaire, d’autant que souvent, je ne suis pas mon plan de départ. Je n’ai aucune envie que ça devienne un gimmick par exemple, qu’on se dise en entamant la lecture d’un roman ou d’une nouvelle signé(e) de ma main que ça va fatalement mal tourner. Mais c’est comme ça. Je crois que foncièrement, j’aime mes personnages, mais mon regard sur la vie et le monde est aussi en général assez pessimiste (en même temps, nous ne sommes pas vraiment aidés en ce moment, n’est-ce pas ?). Je ne prends aucun plaisir à les maltraiter, mais leur sort s’impose à moi. Notamment quand il est question, pour faire large, d’histoires d’amour… C’est sans doute aussi pour ça que le romantisme russe me touche tellement.
Cela dit, j’ai un autre projet de roman actuellement « en développement » chez un autre éditeur dans un registre bien différent, et qui lorgne même ouvertement sur la comédie. Comme quoi, ce n’est pas une fatalité !

¤ Y-a-t-il des thèmes que tu as voulu aborder dans ce recueil ?

Celui du temps, sans aucun doute. Je n’y ai songé que récemment, mais le fait que Célestopol soit une cité sous verre, sous cloche, n’est sans doute pas innocent. Certains de ses habitants la voient comme une bulle hors du temps. D’autres, au contraire, ont envie d’aller toujours plus loin, aimeraient la faire éclater. Mais le temps qui passe, le fait de ne pas arriver à retenir les gens que l’on croise au gré des étapes de la vie, oui, c’est quelque chose qui me fait beaucoup réfléchir, douter. Que peut-on faire contre le cours du temps? Prévenez-moi si vous avez la réponse.
J’avais aussi envie bien sûr de me pencher, via les automates par exemple, sur les conditions de vie et l’existence même de certaines catégories de population que l’on oublie trop souvent. Et là, évidemment, c’est pour le côté « punk » on va dire, que l’on peut mettre en parallèle avec ce qui se passe dans notre société actuelle, cela va de soi. Plein de choses m’intéressent : la place des femmes dans un début 20eme alternatif, celle de la science, la naissance des mouvements sociaux, la nature de la conscience, des jeux de pouvoir… Cela dit, tout n’est pas si sérieux à Célestopol ! Le recueil possède aussi des facettes bien plus « pulp », histoire tout de même de « profiter » un peu de ce cadre singulier. J’ai même réussi à placer un clin d’œil à Cobra, c’est dire !
Et puis, comme dans Le village d’ailleurs, je laisse peu de place à la « magie » car je lui préfère le doute. À chacun de se faire son idée sur ce point et d’accepter de se perdre, je l’espère, dans les rues baignées de brume de Célestopol.

¤ Tu es cofondateur du site Elbakin.net et également rédacteur en chef du site, traducteur et écrivain, comment organises-tu tes journées par rapport à tous ces statuts ? Comment gères-tu également le fait d’avoir plusieurs projets en même temps ?

Comme je peux ! Ce n’est pas toujours facile et en général, selon les périodes, l’une de ces casquettes souffre plus que les autres. Mais je ne perds pas de vue que mon métier, celui qui me permet de vivre en tout cas, c’est traducteur. Il reste donc prioritaire. Le site, surtout aujourd’hui, me permet de garder le contact avec l’actualité de la fantasy et surtout avec les lecteurs et passionnés du genre !
Pour ce qui est des projets à mener de front, j’essaie de voir le bon côté des choses. Déjà, il vaut mieux avoir plusieurs chantiers sur le feu plutôt que de se tourner les pouces en attendant que le temps passe. Et puis, cette situation m’oblige aussi à faire des progrès question organisation ! Je crois que je peux encore m’améliorer dans ce domaine.

¤ Dans Célestopol, les personnages sont nombreux, mais ils ont tous une personnalité différente et bien apparente. Comment t’y prends-tu pour la construction des personnages ? As-tu fait du jeu de rôle, on a un peu l’impression d’un MJ (Maître de jeu) en train de parler d’un PNJ (personnage non joueur).

Merci en tout cas pour cette remarque sur les personnages, elle me fait très plaisir !
Je pense que j’ai dû participer à moins de dix séances de jeu de rôle dans ma vie. Non par choix, car j’aime bien cette activité, mais ce n’est pas une réelle influence pour moi. Du moins, pas « consciente ». Pour les créer, je dirai que je m’y prends de façon « empirique ». Souvent, une caractéristique s’impose (physique ou pas) dans mon esprit, et à partir de là, le personnage se crée tout seul, si je puis dire. Mais je suis souvent surpris en cours d’écriture ! Pas au point qu’un personnage change du tout au tout, mais certains se battent vraiment contre le destin que je voudrais leur imposer. Je sais que c’est un peu cliché de prétendre ça, mais c’est mon impression.
J’essaie de leur donner une voix propre, bien sûr. Et ce sont souvent les personnages qui dictent ensuite le cours de l’histoire. Je pars parfois d’une idée précise pour entamer une nouvelle (ou peu importe le format), mais en général, je fonctionne plus par image, et ces images sont souvent liées aux protagonistes qui peupleront ensuite le récit.

¤ Est-ce différent d’écrire des nouvelles par rapport à un roman ? Lequel a ta préférence ?

C’est différent et assez semblable à la fois. L’avantage avec la nouvelle, c’est que, pour peu que l’on ait établi un synopsis détaillé par exemple, la rédaction peut aller très vite (malgré donc la possibilité de surprises). Un roman, même court, c’est évidemment plus long (attention, c’est un scoop que je vous livre là !) et il est donc plus facile de se décourager en cours de route.
Avec un recueil, on est entre les deux, car à moins de proposer une série de nouvelles sans aucun lien entre elles, il faut les organiser, réfléchir à une table des matières cohérente, éviter bien sûr, tout comme dans le cadre d’un roman, de se contredire entre deux textes, etc, etc… Mais dans l’absolu, si on compare une nouvelle et un roman, j’aurai un penchant pour la nouvelle, dont le résultat, l’impact est plus immédiat. Cela dit, peut-être aurais-je répondu l’inverse un autre jour ! Sur le plan de l’écriture proprement dite, je ne vois pas de réelle différence. J’aborde l’exercice de la même manière.

¤  Comment as-tu pris ta nomination aux prix Imaginales ? Et ton invitation pour ce festival ?

Comme une (très) bonne surprise ! Je parle surtout de la nomination. D’autant que je n’avais pas du tout été prévenu en amont. Alors que concernant l’invitation, disons que c’était en discussions depuis un certain temps ! Je serai présent du jeudi au dimanche, si jamais certains d’entre vous comptent passer. N’hésitez pas à venir me dire bonjour, j’en serai ravi !
Pour en revenir à la nomination de mon premier roman, Le Village, je l’ai accueillie avec bonheur. C’est déjà beau pour un début ! Et c’est important pour moi. Et pour mon éditeur, que je remercie encore ici.

¤ Quels sont tes projets à plus ou moins long terme ?

À court terme, je viens de renvoyer le roman dont je parlais un peu plus haut à l’éditeur concerné. En deux mots, c’est du Young Adult, avec des fantômes et pas mal d’humour. Disons une comédie horrifique, peut-être ? J’espère avoir une réponse définitive sous peu. Et pourquoi pas, qui sait, lors des Imaginales justement ?
Ça, c’est pour le court terme, voire le très court terme.
Dans un temps un peu plus long, je vais signer pour un autre roman chez un autre éditeur que les Editions de l’Instant, roman dont je pourrai parler très bientôt. Il devrait sortir au deuxième trimestre 2018 en librairies et ce sera sans doute ce que j’ai écrit de plus fantasy à ce jour, mais pas seulement ! Je compte bien écrire aussi la « suite » (attention aux guillemets !) du Village, avec son univers qui me tient évidemment très à cœur, une suite que j’avais annoncée voilà quelques mois. Et j’ai même encore un autre projet de roman, dont je ne peux rien dire du tout pour le moment. Si ce n’est qu’il s’agit d’un projet à quatre mains ! Enfin, pour ce qui est de Célestopol, je compte retourner sous peu dans cet univers pour deux nouvelles.
Oh, et je vous ai parlé BD ?

¤ Petite question pour le chroniqueur : quels sont tes derniers coups de cœur littéraires?

Alors, merci pour cette question ! J’aime toujours autant discuter des livres des autres. Si je me réfère aux dernières semaines, sachant aussi que je n’ai malheureusement plus autant le temps de lire qu’avant, j’en vois deux : The Night Ocean de Paul La Farge qui revisite l’œuvre de Lovecraft, mais surtout l’image de l’auteur, et Maresi de Maria Turtschaninoff, un roman Jeunesse qui fait la part belle aux personnages féminins forts et indépendants ! Et du coté des comics, Monstress, qui vient d’entamer sa publication française !

Je voudrais encore remercier chaleureusement Emmanuel Chastellière pour m’avoir accordé cette interview (ma toute première) et pour ses réponses très intéressantes!

Célindanaé

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