Danse avec les lutins de Catherine Dufour

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Danse avec les lutins signe le retour à la fantasy pour Catherine Dufour après Blanche-Neige et les lance-missiles, récompensé par le prix Merlin en 2002. Le roman a été publié aux éditions l’Atalante en mai 2019. Il ne faut pas se fier à son titre et à sa très belle couverture, ce n’est pas un roman destiné à s’évader ou s’émerveiller, c’est un livre pour parler de nos sociétés actuelles par le biais de l’humour et de la fantasy.

Tout débute sur la très jeune Terre abandonnée par Dieu. De très nombreuses créatures féeriques la peuplent et sont forcées de cohabiter. Cependant, la vie est difficile pour certaines créatures alors qu’elle est plus facile pour d’autres. Les ograins issus d’une union entre nain et ogre semblent plutôt privilégiés, ils se multiplient très vite et prennent peu à peu le dessus sur les autres peuples en s’étendant de plus en plus, bien entendu au détriment des autres peuples. Les ograins se moquent des conséquences de leurs actes comme la destruction de l’environnement naturel des autres peuples, comme les ondines ou les sylvains. Plusieurs peuples se retrouvent ainsi dans la ville de Scrougne qui va bientôt être le théâtre d’un drame.

Sous couvert d’humour, Catherine Dufour aborde un sujet douloureux. Elle nous parle de terrorisme et de radicalisation et des effets qu’ils ont sur les familles touchées sans oublier les proches de ceux qui sont embrigadés. Grace à un travail important sur le langage et l’humour, elle arrive à en parler, à dédramatiser peu à peu les faits. Elle parle aussi d’économie, du capitalisme poussé à l’extrême, de l’oppression, des oubliés.

Une lecture qui fait réfléchir certes, mais aussi beaucoup de thématiques abordées en peu de pages. L’autrice va vite par moments, un peu trop. On sent une volonté d’aller à l’essentiel, de dire les choses. Mais la conséquence est un grand nombre d’ellipses narratives, de raccourcis qui rendent le récit parfois brouillon, un peu confus. La chronologie du début est très rapide et les personnages changent vite. Beaucoup de personnages apparaissent puis disparaissent, ajoutant à cette impression de confusion, cependant par la suite cela s’arrange. La plume de l’autrice est plaisante à lire et inventive. On sourit parfois, on rigole aussi, on s’émeut souvent. Les références sont nombreuses (le bâtard de Korigan notamment m’a marqué).

Danse avec les lutins nous parle ainsi de notre société actuelle et de ses nombreux maux. Elle les dépeint au travers d’un récit de fantasy et de créatures féeriques. Elle nous interroge sur des sujets brûlants de l’actualité comme le racisme, la radicalisation, l’économie, l’écologie, les guerres.

Autres avis: Fantasy à la carte, Laird Fumble, Boudicca, Elhyandra , Les notes d’Anouchka, Le dragon galactique

Autrice: Catherine Dufour

Édition: L’atalante

Parution: 23 mai 2019

« La fée haussa les épaules :
— Ces jeunes sont aussi agréables qu’une descente de moustiques. Que veux-tu qu’ils fassent de pire que brailler, tout casser, écrire des gros mots sur les murs et flanquer le feu aux charrettes ? Se mettre à descendre tout le monde en pleine rue ?
— Et ton coach sportif, demanda Pétrol’Kiwi en arrachant un étage de champignons d’un coup sec, il a des nouvelles de Figuin, de son côté ?
— Aucune. Je me demande si c’est un signe. Figuin adorait faire du sport. Il n’aimait que ça, à vrai dire.
Pétrol’Kiwi se figea, champignons en main.
— S’il a renoncé au plaisir de sa vie, grogna-t-elle, je crains qu’il fasse en sorte que ça ne dure pas trop longtemps.
— Quoi ? D’arrêter le sport ?
— Ça. Ou la vie. »

Un roman de fantasy, avec des elfes, des lutins, des fées, des bourdons magiques… et des métis ogro-nains. Dans l’immense ville de Scrougne, un garçon nommé Figuin vit très mal le racisme et la misère auxquels il est confronté. C’est alors qu’entre en scène un banquier… Froid, inusable, immensément riche, il cherche à l’être plus encore. Il décide de creuser un fossé au milieu de la population, afin de jeter une moitié aux trousses de l’autre – qui lui achètera des armes au passage. Il lui faut un garçon un peu paumé à endoctriner, pour l’envoyer se faire exploser au milieu d’une fête de quartier.

Catherine Dufour, avec la verve qui a fait le succès de Blanche Neige et les lance-missiles, renoue avec la fantasy pour mieux dire les désordres du monde dans lequel nous vivons, et les peines immenses qu’ils engendrent.

Cette chronique fait partie du challenge S4F3 de Lutin 82

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