Quatre chemins de pardon

ULGParmi les mondes appelés à rejoindre l’Ekumen, la ligue humaniste des civilisations de la diaspora, il y a Werel et Yeowe.Werel, où domine une oligarchie de propriétaires d’esclaves ; Yeowe, sa colonie, où quatre  » corporations  » pillent et saccagent la planète en écrasant sous leur joug une population d’esclaves. Mais où règne l’oppression gronde la révolte. La libération viendra.En ces temps lourds de nuages et de promesses, voici quatre récits, un roman fragmenté, les destins croisés de femmes et d’hommes habités chacun de leur propre histoire, destinés à se rencontrer, à se toiser, à s’affronter, à s’aimer, en chemin vers l’intelligence et le pardon.

Auteure: Ursula Le Guin                  Édition :L’Atalante              

parution  22/06/2007 (1995 aux états-unis)

Ursula Le Guin est une auteure américaine de science-fiction et de fantasy née en 1929. Elle a écrit des romans, des nouvelles et des livres pour enfants. Elle a commencé à publier des livres dans les années 1960. Les sciences sociales ont une grande importance dans ses écrits. Parmi ses romans, on peut citer le cycle de Terremer en fantasy et le cycle de l’Ekumen en science-fiction, dont ce livre fait partie. Elle a obtenu de nombreux prix et en 2002 le jury du prix Nebula lui décerne le titre de grand maître de la science-fiction.

Ce livre contient 4 nouvelles se déroulant dans l’univers de l’Ekumen créé par l’auteure. Ces nouvelles sont liées entre elles et se déroulent sur les planètes jumelles Werel et Yeowe, confrontées au problème de l’esclavage et des ses ramifications. Elles ont pour thème commun l’esclavage et l’abolitionnisme avec une approche liée à des destins individuels. Ces planètes sont marquées par des révolutions et des guerres, la vie est loin d’y être simple, surtout pour les femmes qui sont au cœur du livre.

Le texte qui ouvre le livre s’intitule « Trahisons » et a pour personnage principale une vieille dame. Le récit prend place sur Yeowe après la révolution et la guerre de trente années qui a fait partir de la planète les corporations et les propriétaires. Cette femme a choisi de vivre isolée pour oublier le départ de ses enfants vers un autre monde de l’Ekumen. Son plus proche voisin est un ancien révolutionnaire et chef du parti politique le plus influent de Yeowe qui a été victime de trahison.  La maladie va amener ses deux personnages marqués par la vie à se rapprocher, peu à peu une relation d’aide puis d’amitié va voir le jour. La relation entre les deux personnages est très belle, leur permettant peu à peu de s’apaiser.

La deuxième nouvelle « Jour de pardon » met à nouveau en scène 2 personnages que tout oppose. Solly, est une jeune femme mobile (un agent de l’Ekumen non attaché à un monde) qui  déteste l’esclavage. Solly est envoyée sur Werel et le gouvernement de Voe Deo, la puissance dominante de Werel, lui affecte un garde du corps appelé Teyeo. Celui-ci est l’opposé de Solly, il parle peu, et assez froid et le courant ne passe pas du tout entre eux. dans cette nouvelle, on cerne mieux le concept d’esclavage et comment sont perçus les esclaves sur ces mondes. Ils sont appelés hommes ou femmes mobilier, leur enlevant toute humanité. Les deux personnages vont être amenés à se rapprocher suite à une prise d’otages et Solly va mieux connaitre le passé de Teyeo. À l’image de la première histoire, l’auteure arrive à rapprocher des êtres marqués par leur passé et que tout oppose pour créer une belle relation entre eux.

La troisième et la quatrième nouvelle se nomme respectivement « Un homme du peuple » et « Libération d’une femme » et sont beaucoup plus liées que les deux autres. Elles abordent l’histoire de la révolution des femmes sur Yeowe. On retrouve le personnage de Havzhiva, un Hainien dans les 2 textes. Il a été amené à quitter sa communauté natale pour aller étudier à l’école de l’Ekumen, spécialisé en Histoire. Au terme de sa formation, il choisit d’être affecté sur Yeowe, qui vient d’être libérée. Il découvre un monde à part où la libération n’a pas effacé les anciennes traditions et où  le sexisme est très présent. La troisième nouvelle offre une vision externe des coutumes de Yeowe par le point de vue de Havzhiva qui va être au cœur de la révolution des femmes sur cette planète.

Tandis que « Libération d’une femme », le quatrième et dernier texte, offre un regard interne à ces deux planètes avec le récit de Rakam, une femme-liée appartenant à un grand domaine de Werel. Ce récit est assez cru par moments et dur, Rakam racontant son enfance en tant qu’esclave puis sa vie d’adulte et sa lutte pour la liberté. Son récit est fait sous la forme de témoignage et permet de mieux cerner le système esclavagiste régnant sur ce monde où la vie des femmes est soumise à rudes épreuves. L’auteure décrit les sévices que subit Rakam sans épargner le lecteur. Rakam finira par être libre et par migrer sur Yeowe où tout n’est pas rose, surtout pour une femme, elle y fera des rencontres décisives dont Havzhiva. Ils mèneront ensemble le combat pour la liberté des femmes. Ces deux nouvelles offrent à nouveau des récits où l’humain est placé au centre, et permettent au travers de récits de vie de montrer les horreurs dont nous sommes capables.

Ces quatre nouvelles d’Ursula Le Guin sont d’un très bon niveau, l’auteure place l’humain au cœur de ses récits et utilise un monde de science-fiction pour parler de problèmes humains tels que l’esclavage et en dénoncer les horreurs. Elle met également la femme au centre de ses histoires en mettant la liberté et les choix personnels en avant. L’auteure met en avant la liberté sous toute ses formes, dans ses choix de vie mais aussi au niveau sexuel, dénonçant les viols et parlant du sexe comme étant important pour l’épanouissement humain. Ces sujets étant toujours malheureusement d’actualité. Malgré sa couverture qui ne met pas du tout l’ouvrage en valeur (pourquoi pas une illustration des deux planètes avec un portrait en fond des femmes et hommes dont parlent les nouvelles), Ursula Le Guin nous offre à nouveau une œuvre profonde et attachante.

Note: 8.5/10

Célindanaé

Cette chronique fait partie du challenge littérature de l’imaginaire

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14 réflexions au sujet de « Quatre chemins de pardon »

  1. C’est un joli recueil (enfin pas sa couverture mais ça…). Si tu veux poursuivre dans cet univers il me semble qu’il y a encore une nouvelle qui se trouve dans le recueil L’anniversaire du monde (du coup assez logiquement je n’y ai rien compris vu que je l’ai lu avant ce recueil-ci).

    Aimé par 1 personne

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