Interview Le Bélial autour de la collection Une heure Lumière

L’opération Hors-série 2020 de la collection Une heure Lumière (collection des éditions Le Bélial dédiée au format court des novellas et dont l’identité graphique est signée Aurélien Police) est toujours en cours chez les éditions Le Bélial. Après un article où je faisais le point sur les 4 ans et 9 mois, et les 26 titres de la collection, j’ai eu envie d’en apprendre un peu plus encore sur cette excellente collection. Pour cela, j’ai posé quelques questions à Erwann Perchoc, éditeur au Bélial’ avec Olivier Girard. Erwann est également traducteur (voir ici) sur quelques titres. Voici sans plus tarder cet entretien:

  • Comment est née l’idée de la collection Une heure lumière ?

D’après les anciennes légendes dont m’a fait part Olivier, l’idée est surtout née… dans l’alcool ! Plus sérieusement, l’idée, même si pas totalement formulée à l’époque, remonte aux origines du Bélial’, quand la maison coéditait encore avec Orion éditions et communications, une structure créée par Gilles Dumay. Ces deux maisons réunies avaient déjà fait paraître, sous la houlette d’Ellen Herzfeld et Dominique Martel, deux titres, Danse aérienne de Nancy Kress et L’Enfance attribuée, de David Marusek, qui préfiguraient ce que serait la collection « Une heure-lumière » près de vingt ans plus tard (et, de fait, le texte de Marusek est reparu dans la collection en 2019).

Peu après ces deux premières, l’idée d’une collection dédiée aux novellas s’est précisée au début des années 2000, lors d’une soirée arrosée entre Olivier Girard (à la tête des éditions du Bélial’), Gilles Dumay (à ce moment-là directeur de la collection « Lunes d’Encre » chez Denoël) et l’écrivain Serge Lehman. Ces trois-là évoquaient le gisement de novellas de langue anglaise inédites en français et regrettaient qu’il n’y ait pas d’espace éditorial en France pour un tel format. C’est lors de cette soirée qu’est née le nom de la collection, inventée par Serge Lehman. L’idée a fait son chemin, sans trop se presser, comme toujours au Bélial’, et quinze ans plus tard, la collection est née : nous l’avons lancée l’année des 20 ans de la maison d’édition, en 2016.

  • Comment se situent les ventes par rapport aux restes des livres des éditions du Bélial’ ?

De manière générale, les ventes des titres de la collection sont bonnes et se situent souvent au-dessus des ouvrages du catalogue général. Le prix modéré des livres explique cela (après tout, il s’agit de poches inédits !) ; la qualité des textes aussi, j’espère ! Et puis il y a L’Homme qui mit fin à l’histoire de Ken Liu, notre meilleure vente depuis nos débuts (hors cumul avec les reprises poche), avec sa quinzaine de milliers d’exemplaires vendus : à notre échelle, c’est tout bonnement énorme. Ce texte semble avoir atteint une sorte de masse critique, de sorte qu’il se vend quasiment tout seul désormais — au rythme d’environ un millier d’exemplaire tous les ans.

  • Comment se fait le choix des parutions ?

Le point primordial est que la novella nous plaise. Parfois, il s’agit d’une novella qu’Olivier ou moi avons lue et sur laquelle nous avons craquée ; parfois, nos collaborateurs proches, surtout Pierre-Paul Durastanti ou Jean-Daniel Brèque, vont nous suggérer un texte ; parfois, ce sera une soumission directe d’un auteur francophone. Nous disposons d’un maillage important de lecteurs amis qui nous signalent un texte potentiellement intéressant. Après on lit. Et on fait lire. Et, au bout du compte, on tranche. Ça peut s’avérer un processus un peu long…

  • Il y a seulement 3 auteurs français dans la collection. Est-ce à cause du peu de choix dans ce format en France ?

Le premier livre paru en « Une heure-lumière » est Dragon de Thomas Day : l’idée était justement de montrer que la collection n’était pas réservée qu’aux auteurs anglo-saxons. De fait, quelques mois plus tard, Laurent Kloetzer et Christian Léourier nous ont proposé chacun une novella : Issa Elohim et Helstrid. Nous avons eu depuis une poignée de propositions de textes, nous en avons refusées certaines (beaucoup, en fait)… mais nous devrions toutefois accueillir d’autres novellas d’auteurs francophones dans les temps à venir. Il faut comprendre qu’en France, la possibilité d’édition dans un tel format est quelque chose de nouveau. Les auteurs doivent se l’approprier, intégrer le fait qu’il représente désormais un réel débouché, et la possibilité de toucher un nombre de lecteurs importants. Ça prend du temps, et nos attentes sont élevées.

  • Même question par rapport à la part de fantasy dans la collection.

La réponse est double. D’une part, nous ne sommes pas de grands fans de fantasy au sein de l’équipe ; néanmoins, si un texte est bon mais relève du registre, on ne se privera pas. D’autre part, la fantasy est un genre qui semble moins se prêter aux novellas : il y a sûrement quelque chose de frustrant à bâtir tout un monde sur moins de 200 000 signes.

  • Comment sont choisis les traducteurs des différents textes ?

Ça dépend. Dans le cas de Pierre-Paul Durastanti (qui est par ailleurs éditeur au Bélial’ et membre du comité éditorial de Bifrost) ou Jean-Daniel Brèque, dans la mesure où il arrive que ce soit eux qui attirent notre attention sur tel ou tel texte, il est normal qu’on leur propose la traduction du texte en question. Au-delà de ces deux collaborateurs très proches, on travaille avec une équipe de traducteurs/trices assez réduite. On les connaît tous assez bien, et on une idée assez précise de ce qui peut leur convenir. Généralement, on ne se trompe pas trop…

  • Avez-vous des chouchous dans la collection ?

Forcément. J’aimerais dire que j’adore de manière totale et indifférenciée tous les titres de la collection, mais je ne sais pas si vous me prendriez au sérieux. Bref, j’ai une grande tendresse pour les deux que j’ai (co)traduits (Le Nexus du Docteur Erdmann de Nancy Kress et Cérès et Vesta de Greg Egan)… mais Poumon vert compte parmi mes favoris.

  • L’opération Hors-série est-elle destinée à se poursuivre ?

Oui ! C’est une opération commerciale qui fonctionne bien, tant sur notre site que dans les librairies participantes. Le (gros) petit plus est que cette opération amène des libraires à nous découvrir, lorsque des lecteurs viennent leur demander pourquoi ils n’ont pas le hors-série. Nous avons quasi déterminé quel sera le hors-série 2021 et nous avons une très chouette idée pour celui de 2022 — je croise les tentacules pour qu’elle se concrétise !

  • Pouvez-vous nous parler des prochaines parutions de la collection ?

Le tout prochain est La Chose, le classique de SF horrifique de John W. Campbell, porté à l’écran par Christian Nyby sous le titre La Chose d’un autre monde, puis par John Carpenter sous le titre The Thing. Le texte original a été retraduit par Pierre-Paul Durastanti, la première traduction nous étant apparu vieillotte — pour dire le moins. La Chose sortira le 5 novembre.

Concernant la suite, nous devrions commencer 2021 avec le retour de Nancy Kress : La Fontaine des âges, un chouette texte, une réflexion sur l’immortalité (ou quelque chose qui y ressemble), que le prix Nebula a salué en 2008. Ensuite, « Une heure-lumière » accueillera en 2021 à nouveau Greg Egan et Ken Liu ; on espère aussi publier avant longtemps le troisième et dernier volet de « Molly Southbourne » de Tade Thompson. Et en ce qui concerne les nouveaux auteurs à rejoindre la collection, il y aura l’autrice britannique Priya Sharma, avec Ormeshadow, un âpre récit d’apprentissage couronné par le prix Shirley Jackson 2019. De belles choses en perspective, et aussi pas mal de surprises !

Je tenais à remercier à nouveau Erwann pour cette interview et le temps accordé. Pour tous ceux qui n’ont pas encore sauté le pas, je vous engage à essayer quelques titres parmi les UHL, essayer cette collection c’est l’adopter!

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