Cochrane versus Cthulhu de Gilberto Villarroel

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Après tout ce que Célindanaé m’avait dit de ce livre, je me suis empressé de le lire, et je n’ai pas été déçu du voyage. On se retrouve projeté au printemps 1815, peu de temps avant la chute finale de l’Empereur Napoléon, dans un endroit très touristique aujourd’hui, mais surtout stratégique à cette époque : la mer située entre les iles de Ré et d’Oléron devant les cités portuaires de Rochefort et La Rochelle, où se dresse actuellement le Fort Boyard. Mais pas de Père Fouras ni de Passe-partout ici, mais des hommes, des guerriers, contre une menace cosmique…

Le récit commence par l’arrivée au fort Boyard d’émissaires de l’empereur, les frères Champollion, accompagnés d’un lieutenant du chef de la police Fouché, quasi simultanément avec le navigateur Anglais Lord Cochrane, fait prisonnier dans son canot par hasard par des soldats français sur mer. On se doute que rien de cela n’est dû au hasard, et c’est bien le cas : Cochrane venait en mission d’espionnage à bord d’un navire mystérieux dans le secteur, quelques années après avoir remporté brillamment une bataille navale au même endroit lors de « l’affaire des brûlots de l’île d’Aix ». Et les Champollion sont ici pour étudier une pierre appartenant aux fondations du fort, construit suite à la fameuse défaite contre Cochrane… Le fort est dirigé par un officier vétéran talentueux, le capitaine Eonet. Mais très vite les choses dérapent : Cochrane prisonnier s’évade, un canot français est retrouvé avec les restes d’un membre de la garnison atrocement mutilé, un tremblement de terre se fait sentir, et le capitaine Eonet se mutine contre le chef de la police de Napoléon… Jusqu’à ce qu’une mystérieuse créature attaque le fort et est vaincue par Eonet et Cochrane, alliés de circonstance !

Partant sur des bases historiques solides, l’auteur Gilberton Vallaroel fait peu à peu dévier le récit vers l’horreur, en proposant un croisement improbable entre récit historique militaire et mythe de Cthulhu. L’histoire est en fait une réécriture de la nouvelle l’Appel de Cthulhu de H.P. Lovecraft à la sauce napoléonienne. On y retrouve les éléments de l’enquête – réduite à sa plus simple expression, les rêves envoyés par la divinité, la surrection de l’île de R’lyeh, l’exploration de la cité maudite, et la confrontation finale avec la créature d’un autre monde. Les connaisseurs apprécieront ! Toute l’intelligence du roman a été de mettre ces éléments en toile de fond de la rivalité entre les français et les britanniques pour la suprématie marine, que ce soit au niveau puissance pure ou au niveau des avancées technologiques. On retrouve des éléments réels de la stratégie navale, et des aspects qui sont apparus plus tard. Petite entorse à l’histoire, comme l’histoire réelle du Fort Boyard, dont la construction est en fait achevée en 1870.

Un des points forts du roman est la relation entre Lord Cochrane et le capitaine Eonet. Des ennemis au sens le plus politique du terme, mais qui vont faire front commun pour lutter contre la monstruosité. Les échanges verbaux sont nombreux, avec un flegme et une ironie toute britannique face à la rigueur militaire du français. Mais les deux hommes sont caractérisés par leur honneur et leur parole de soldat. Cochrane est naturellement le vrai héros de l’histoire, sorte d’Indiana Jones intelligent et capable d’initiatives très inattendues. Il est notamment crédité de l’invention du lance-flamme, de grenades à gaz, de la lampe à huile tempête et du bateau à vapeur avec roue à aubes, et de la propulsion par roquette… Les autres protagonistes sont aussi importants, avec les Champollion dont on connait bien l’oeuvre avec le décryptage des hiéroglyphes de la pierre de Rosette. On s’attache à ces soldats, qui accomplissent souvent leur devoir… jusqu’à leur mort atroce.

Le livre se lit donc très bien, mais j’ai deux réserves à faire, en plus d’une relecture limite qui a fait sauter quelques caractères : d’une part on trouve dans le livre à 3 ou 4 occasions des sortes de « rappels des faits » qui viennent alourdir le texte pour rien. C’est un procédé que l’on pouvait retrouver dans le texte l’appel de Cthulhu, mais le reprendre ici n’avait pas trop d’intérêt hormis coller à tout prix au texte original. Et d’autre part, mais c’est très subjectif, je m’attendais plus à un récit fantastique qu’à une uchronie. Ici le point de divergence avec l’histoire est l’arrivée des créatures Cthuliennes puis l’apparition de R’lyeh, mais sinon l’histoire « normale » peut s’être déroulée vu que tout revient comme avant, avec même des explications alternatives pour expliquer le secret des déchiffrements des hiéroglyphes. Sauf qu’il y a de nombreux témoins (les Champpolion, des soldats et marins français et anglais) et des tas de morts dans les forts des environs, et donc ce n’est pas crédible en tant qu’histoire officielle : c’est donc une uchronie. Je pensais que l’auteur arriverait à « retomber sur ses pattes » avec un final encore plus destructeur, mais permettant de lier complètement son récit dans la grande histoire, et le classant donc dans le fantastique, comme c’est le cas pour le roman l’Abominable de Dan Simmons. On aurait ainsi eu un côté « histoire secrète » bien sympathique.

Avec Cochrane versus Cthlhu Gilberto Villaroel nous propose un pastiche très frais d’histoire à la Lovecraft, une réécriture de l’Appel de Cthulhu au temps des guerres napoléoniennes. Le récit est porté par un véritable héros dramatique, soldat héroïque en disgrâce, qui fait face à une menace venue d’un autre monde endormie au fond de l’océan. C’est rythmé, crédible, avec en toile de fond le célèbre Fort Boyard, transformé en Fort Alamo le temps d’une bataille contre d’infâmes créatures. À servir bien frappé !

Autres avis: Syndrome Quickson, Gromovar, Touchez mon blog, Monseigneur…,Célindanaé, Le chroniqueur,

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Auteur: Gilberto Villarroel

Éditeur : Aux forges de Vulcain

Parution: 07/02/2020

Le marin le plus audacieux de tous les temps affronte le plus grand ennemi de l’humanité !

Bien des années avant d’être le libérateur du Chili, du Pérou, du Brésil et de la Grèce, Lord Thomas Cochrane fut un héros des guerres napoléoniennes. En 1809, au large de l’île d’Aix, sur la côte occidentale française, il fit couler presque la moitié de la flotte de l’Empereur. En 1815, Napoléon achève la construction de Fort Boyard et Lord Cochrane revient dans la baie pour détruire ce bastion. Mais il se trouve confronté à une menace surnaturelle, Cthulhu, un dieu endormi qui émerge alors du fond des océans pour revendiquer le contrôle de la Terre !

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