Le zombie, créature du nouveau monde

Le zombie est un monstre un peu à part des autres figures traditionnelles du surnaturel. Contrairement aux vampires et aux fantômes, il n’y pas de romans référents ayant influencé le mythe. Le zombie est aussi la créature la plus récente parmi les monstres. Cependant, tout cela ne l’a pas empêché de devenir un des monstres le plus populaire de notre époque. Quand on parle de zombie, tout le monde a à peu près la même image en tête, à savoir un mort plus ou moins en état de décomposition sorti de sa tombe et qui a pour but de faire des victimes humaines en les transformant à leur tour en zombies par une morsure. Cependant, l’image du zombie a évolué au fil du temps.

zombies-become-a-reality-compressor

Les origines du zombie: chercher le patient 0

Le mot zombie vient du créole haïtien zonbi qui désigne un revenant, un mort sorti de sa tombe grâce à un sortilège vaudou. Dans le sortilège vaudou, le sorcier l’utilise afin de s’asservir le mort, d’en faire son esclave. On retrouve cette signification dans les premiers textes parlant de zombie au début du 16ème siècle. Le zombie est ainsi une personne qui n’a plus aucune forme de conscience ni d’humanité, mais avec une notion de s’approprier la volonté du mort pour le bénéfice du sorcier. Le zombie est rendu corvéable à merci par un sortilège. Pour cela, le sorcier utilise une poudre paralysante (faite à base de végétaux, d’animaux et d’os humains de préférence) qui rend la victime en état de mort apparente. La victime est déclarée morte puis enterrée. Par la suite, le sorcier n’a plus qu’à aller déterrer sa victime et d’en faire son esclave. Les zombies ainsi créés sont employés pour le travail aux champs ou le ménage, en gros des taches simples qui ne demandent pas beaucoup d’esprit. Ces croyances se trouvaient principalement à Haïti. Cela s’explique historiquement par le fait que les  premiers esclaves noirs ont été implantés en Haïti en emmenant avec eux leurs rites et croyances. La notion d’esclavage est prédominante dans ce sortilège, avec une victime incapable de se révolter. Elle faisait malheureusement partie du quotidien de Haïti. Par ce sortilège, les esclaves se créent des esclaves serviles, c’est un mythe lié à un retournement de situation. Dans le folklore haïtien, c’était la punition ultime.

Le zombie n’est parvenu dans le folklore occidental qu’à partir du 19 ème siècle, tout d’abord aux États-Unis puis en Europe. Cette image du zombie a perduré jusque la seconde moitié du 20 ème siècle et on la retrouve dans la littérature et le cinéma. En 1929, William Seebrook écrit The Magic Island inspiré de ses voyages à Haïti où il a découvert  le vaudou et le Culte des Morts. Il y décrit le processus de zombification et fait ainsi connaitre le phénomène aux américains. En 1932, sort le film White Zombie (Les Morts-vivants en français) avec Bela Lugosi, célèbre entre autre pour avoir souvent interprété Dracula. C’est la première œuvre de cinéma mettant en scène des zombies. Le zombie est celui de la vision traditionnelle: un individu drogué par quelqu’un de mal intentionné mais dont la condition est temporaire. Le sorcier n’utilise pas le vaudou et est blanc, il utilise une forme d’hypnose. Le zombie commence alors sa transformation. Plusieurs films paraissent par la suite, gardant cette image de sorcellerie et de zombie esclave d’un sorcier, un zombie qui n’est pas vraiment mort mais qui n’a pas de conscience, une métaphore de l’esclave, puis du travail dans sa forme la plus pénible.

Étape 2 : la contagion

Le mythe du zombie a profondément et rapidement changé en 1968 avec le film La Nuit des morts-vivants de George Romero. Les zombies des œuvres précédentes se rattachaient dans les films à la vision du folklore haïtien. Romero a fait entrer le zombie dans l’ère moderne en le modifiant sur 2 points principaux: ce sont vraiment des morts qui reviennent à la vie et ils n’ont plus de maîtres ou de sorciers nécessaires pour les faire revenir à la vie. Le monstre devient également anthropophage, et ainsi une menace. Ils sont le visage de la mort. Ce n’est plus la peur de devenir un zombie qui est présente mais la créature qui devient une véritable menace porteuse d’horreur. Le zombie lent, anthropophage, marqué, tuméfié est né réellement en 1968 avec ce film. La créature en décomposition montre ainsi le véritable visage de la mort. Elle est toujours sans conscience, sans esprit et est uniquement guidée par sa volonté de se nourrir, de dévorer les vivants. Cet aspect renvoie à une autre créature beaucoup plus ancienne, la goule, démon se nourrissant des morts. On ignore vraiment ce qui a fait revenir les morts dans le film mais leur condition est contagieuse amenant la destruction. Toutes ces caractéristiques sont restées dans la vision moderne du zombie.

arton8682-1450x800-c

Le film a ainsi été un véritable tournant dans le mythe. Pourtant l’histoire du film est assez particulière. À sa sortie, le film est vu comme un film d’horreur rien de plus. Puis une critique venant de France évoque le fait que le film est une critique virulente de la guerre au Vietnam et du racisme. Le personnage principal est interprété par Duane Jones, un acteur afro-américain. Dans le climat de l’époque, ce fait ne passe pas inaperçu. Cependant, pour Romero c’est un hasard car dans le premier script le personnage était blanc. Néanmoins, le film a gardé cette image. Parmi les influences de Romero pour créer ses zombies, il y a le roman de Richard Matheson, I am Legend publié en 1954. Le roman raconte le destin de Robert Neville, dernier survivant et homme immunisé d’une étrange épidémie transformant les morts en vampires assoiffés de sang et craignant la lumière. On retrouve l’idée d’une créature se nourrissant des humains, de la contagion et de la survie. Les zombies sont liés à un univers dévasté où les humains se font rares.

Dans la littérature, on trouve des créatures proches des zombies mais il n’y a pas eu de roman référent comme Dracula peut l’être pour les vampires. Le monstre de Frankenstein même s’il est un mort vivant n’est pas un zombie. Dans la nouvelle Herbert West, réanimateur de Lovecraft parue en 1922, on trouve des créatures ayant des caractéristiques proches des zombies de Romero : des morts mus par des procédés scientifiques deviennent violents et incontrôlables. Lovecraft s’inspira du roman de Mary Shelley dans ce texte. La science comme explication des créatures sera reprise dans plusieurs films sur les zombies. Parallèlement, on compte assez peu de romans ou nouvelles avant le film de Romero mettant en scène des zombies.

Le phénomène zombie est lancé à partir des années 70 et de nombreux films sont alors tournés. Romero revient à son sujet de prédilection en 1978 avec Dawn of the Dead, film qui a cette fois une véritable volonté critique de la part du réalisateur:  critiquer la société de consommation. Les survivants se retranchent dans un centre commercial où ils disposent de nourritures et autres biens nécessaires à leur survie. Mais les zombies y viennent, continuant de reproduire le comportement qu’ils avaient avant leur mort. Un troisième film verra le jour en 1985 Day of the Dead. Dans les trois films, les zombies évoluent, ils sont de plus en plus nombreux. Au travers des monstres, on assiste à une réflexion sur les conditions de survie et le sens de la vie dans un monde dévasté. Dans le troisième film apparaît un questionnement sur le comportement des survivants et ce qu’il révèle des individus.

De la traversée du désert à la résurrection

Romero, en donnant une nouvelle figure au mythe a servi de modèle à de nombreux réalisateurs. Les films sont devenus légions et se sont exportés en Europe. Les films mélangent humour et zombies, parfois romantisme et zombies. Le monstre est surexploité. Des films ultra gores les mettent en scène dans les années 80 principalement en Italie. Le zombie perd sa dimension politique, sa dimension de critique de la société qu’il pouvait avoir dans les premiers films. Le zombie disparaît presque dans les années 90. Pourtant, il est toujours présent sommeillant et attendant son heure. Heure de gloire qui se produit à partir de 1996 grâce à un jeu vidéo : Resident Evil. Le jeu a été créé dans le but de faire peur, il y avait la volonté d’en faire le jeu le plus effrayant possible. L’épidémie de zombies résulte du vol puis de la propagation d’une arme biotechnologique créée par une entreprise privée.  Le jeu connait un immense succès et de nombreuses suites.

Resident_Evil_1_cover

La question de la violence est évacuée par le fait que le zombie peut être tué sans scrupule. Il détient une part de violence cathartique car on ne tue pas des gens mais des personnes déjà mortes. Resident Evil signe le retour du zombie sur le devant de la scène et au cinéma. Les films de cette période se distinguent de ceux de Romero par le fait que l’origine des morts vivants est humaine, connue. Les humains sont responsables de l’épidémie, de leur propre destruction.

Le zombie mute à nouveau au cinéma en devenant enragé et rapide. Les zombies ne sont plus des monstres lents qu’on peut facilement semés et tués. Ils sont rapides, attaquent en horde et en deviennent des monstres encore plus redoutables. Le zombie qui court apparait dans L’Armée des morts de Zack Snyder en 2004 où les zombies sont semblables à ceux qui les précèdent au niveau intelligence mais ils ne sont plus lents et ont appris à courir aussi vite qu’un sprinter. 28 jours plus tard de Danny Boyle fait apparaître le zombie énervé qui court, veut à tout prix vous tuer ou vous contaminer, car il a été infecté par le virus de la rage.

Un nouvel âge d’or des zombies se poursuit depuis, marqué par le succès dans divers domaines: bande-dessinées, série télé, films. Les zombies vont jusqu’à envahir les Blockbusters et deviennent omniprésents. Les livres, les films, les jeux se multiplient. Les jeux de société ont eux aussi vu apparaître des zombies dans les années 2010. Zombie !!!, édité par l’éditeur américain, Twilight Creations Inc ont trouvé leur inspiration du côté des films de Roméro. Tandis que Zombicide, jeu collaboratif où les joueurs incarnent un survivant, est inspiré par la série The Walking Dead.

zombicide-z

Cependant, en devenant de plus en plus populaire, le zombie a été vidé d’une bonne partie de son sens. Le zombie perd un peu sa dimension effrayante, il se banalise, devient commun. Tout le monde les connait. Le phénomène des marches zombies débute en 2005 et se développe de plus en plus, intégrant même des enfants. Les participants se griment en zombies et défilent, les déguisements pouvant être très élaborés. Le zombie est de la sorte domestiqué, on se réapproprie de la sorte notre rapport à la mort.

Le zombie monstre de la mondialisation

Le zombie depuis les années 2000 est devenu le mythe moderne incarnant les peurs profondes de notre époque. Sous le couvert des zombies, on parle des doutes existentiels, de l’horreur, de la peur de la mondialisation, d’un monde qui nous échappe, de voir disparaître notre société. Le zombie reflète la peur de tout perdre, la peur de l’autre, la peur  d’une épidémie destructrice. Le mort vivant importe assez peu, en vérité ce qui est pointé du doigt c’est ce qu’il déclenche chez l’humain. Le zombie est ainsi le déclencheur des comportements humains, il est révélateur d’une angoisse générale, des peurs primales, de l’angoisse contemporaine de fin de la société. La fin du monde est devenu un sujet préoccupant sous l’effet de plusieurs faits dont le réchauffement climatique, les zombies s’intègrent parfaitement dans cette mouvance.

artfichier_731698_8129945_201903083514853

Le zombie est révélateur de la nature humaine. Il fait ressortir la violence animale qui sommeille au sein de l’humanité. Cela se remarque encore plus au sein du groupe de survivants d’une attaque de zombies. Le comportement des survivants reflètent ce que nous étions avant l’apocalypse. On peut analyser la manière de vivre ensemble des survivants, le comportement face aux autres survivants, comment ils reconstruisent une communauté. Cette question est centrale dans une série comme Walkind Dead. Dans la série, on trouve la question de la volonté de recréer une nouvelle société. Il y a l’idée du recommencement après l’apocalypse. La destruction permet de tout recommencer à zéro (« Tout cramer pour repartir sur des bases saines! »), d’essayer d’imaginer un autre modèle possible. L’homme se comporterait il en étant un « loup pour l’homme », uniquement gouverné par une volonté de conservation de soi? Les films de zombies mettent cet aspect en évidence, les survivants craignant à la fois les vivants et les morts.

La figure du zombie a ainsi considérablement évolué, changé au fil des époques. Elle s’est adaptée aux différentes cultures et mentalités, à la société. Le mort-vivant est toujours le reflet de son époque. Par conséquent, plus une société a de peurs, plus il y a de zombies dans la culture. Ils sont rois depuis les années 2000, époque marquée par le terrorisme, la guerre, la mondialisation, les épidémies, le réchauffement climatique….

 

 

33 commentaires sur “Le zombie, créature du nouveau monde

  1. Super article !
    Il y a aussi des variantes de zombies qui peuvent être très intéressantes comme dans le film/livre Warm bodies où le zombie tombe amoureux ce qui l’humanise de nouveau. La zombification ne serait-elle donc pas qu’un déficit d’amour ? Avec un rôle de l’amour qui individualise, qui donne un sens à ses actes, qui humanise ?
    La série Into the flesh est pas mal non plus, avec des zombies qu’on arrive à soigner (en partie). comment réintégrer dans la société, la ville, son quartier, quelqu’un qui le mois dernier encore boulotter le cerveau de son voisin ? Là on parle de ségrégation et de minorités.
    Enfin pour avoir vécu en Haïti je peux affirmer que le mythe du zombi est encore présent et on en croise dans la rue. Souvent ce sont des personnes avec des problèmes psy qui ont été rejetées par leurs familles et errent nues et sans but.

    Aimé par 2 personnes

  2. Très belle article, j’ai particulièrement apprécié le passage sur Roméro (quels films d’ailleurs ! je les ai vu ils n’y a pas si longtemps, et on comprend qu’ils soient devenus cultes) et la fin de ton analyse sur l’évolution moderne.

    C’est vrai que c’est un thème parfait pour lancer un post-apo sans avoir une guerre nucléaire ^^ Je suppose d’ailleurs que l’apogée des zombies dans la pop culture doit être corrélée à la montée du genre post-apo en général.

    Je trouve ça d’ailleurs assez marrant qu’il fut un temps où c’était des thèmes cantonnés au cinéma bis et à des poches de culture plutôt underground, alors que maintenant un peu tout le monde regarde des séries comme The Walking Dead.

    Aimé par 1 personne

  3. Super article ! J’aime bien les articles de fond, et j’ai beaucoup aimé celui-là !
    Tu as un roman cool de zombie, world war z.
    Et tu as aussi les étapes classiques des phénomènes culturels : de l’émergence à l’archétype, puis la transformation avec la satire (Shaun of the Dead, entre autres), la démystification (i-zombie), la nostalgie aussi peut-être (?) !

    Aimé par 1 personne

  4. Il faudrait que je fasse une recherche plus approfondie. On doit pouvoir trouver en littérature des exemples dans le gothique du XIXe. Mais tout de suite, je pense à la nouvelle Je suis d’ailleurs de Lovecraft (un de mes textes préférés).

    Aimé par 1 personne

    1. On en trouve pas dans la littérature gothique du XIX. On trouve des revenants, des fantômes, des vampires mais jamais le terme zombie et jamais dans sa définition qu’on connait actuellement ni dans celle issue du folklore vaudou. Chez Lovecraft, c’est surtout dans Herbert West où il y a des créatures proches du zombie.

      Aimé par 1 personne

  5. Intéressant ! J’avais participé à une nuit du cinéma sur le thème des zombies. Outre les classiques dont tu as déjà parlé, Romero en tête, j’y ai découvert un film récent, le teenage movie « Life after Beth », un drame à l’humour décalé, abordant la question du deuil et de la fin d’une relation amoureuse. Il m’a beaucoup plu, alors je profite de ton article pour lui faire un peu de pub ^^.

    Aimé par 1 personne

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s