Interview Fabien Cerutti

Si vous êtes adeptes de ce blog, vous savez que nous adorons la série du bâtard de Kosigan (même si dans le tome 3 ce dernier ose s’en prendre à un troll). Alors quand Fabien Cerutti, dont le tome 3 de sa série Le bâtard de Kosigan vient de sortir, a eu la gentillesse de nous accorder un peu de son temps pour répondre à nos questions, nous avons sauté de joie. Pour ceux qui ne le connaitraient pas encore (et c’est une honte) commençons par une petite présentation de l’auteur issue du site de sa maison d’édition Mnémos:

cerutti-fabien-1024x1024 Fabien Cerutti est agrégé d’histoire et enseigne en région parisienne. Il passe une partie de sa jeunesse en Guyane et en Afrique et se passionne très tôt pour les cultures de l’imaginaire et les médias interactifs, dont le jeu de rôle et le jeu vidéo. Inspiré par le Trône de fer qu’il considère comme une œuvre majeure, il commence par inventer des scénarios pour le jeu en ligne Neverwinter Nights se déroulant dans l’univers du Bâtard de Kosigan. Il se crée alors autour de son personnage une belle communauté d’aficionados. Encouragé par ce premier succès, Fabien Cerutti se lance dans son aventure personnelle : écrire un roman foisonnant et surprenant dans lequel il conjugue à la fois sa connaissance des genres et son habileté de conteur. Le résultat : on dévore les aventures épiques et rocambolesques d’un héros attachant comme seules les littératures de l’imaginaire savent nous en faire aimer.L’ombre du pouvoir premier tome de la série  a obtenu le Prix Imaginales des lycéens 2015.Place aux questions et réponses:¤Peux-tu nous parler de tes projets en cours et de la sortie du tome 4 du bâtard de Kosigan ? As-tu d’autres projets dont tu pourrais nous parler ?

La sortie du tome 4 en mai 2018 marquera la fin du premier cycle du Bâtard de Kosigan, sachant que le texte devrait arriver en beta lecture d’ici novembre. Je devrais également produire une nouvelle pour l’anthologie des Imaginales 2018. Ce qui fait qu’au moment de cette auguste manifestation, je présenterai deux romans et une nouvelle de plus qu’à la session précédente. Les autres projets ? On verra cela plus tard.

¤Je sais que tu as pratiqué le jeu de rôle, en fais-tu toujours et quand as-tu commencé à en faire ? Et quels sont tes jeux favoris ?

Rôliste un jour, rôliste toujours. J’ai commencé avec des traductions pirates de donjon et dragon il y a à peu près 35 ans et à certaines périodes, mes amis et moi pouvions jouer 4 ou 5 fois par semaine. Aujourd’hui on a un peu (beaucoup) levé le pied, on pratique plutôt le jeu de plateau, l’avantage étant que personne n’a rien à préparer. Cela dit, grâce à Gabriel Katz et à son imagination intarissable, j’ai pu recommencer à jouer l’an dernier ; et j’espère bien reprendre après la longue pause vacances-rentrée. En ce qui concerne mes jeux favoris, la palme revient sans conteste à Ambre Rpg, le jeu de rôle sans dé où l’on joue dans l’univers des Princes d’Ambre de R.Zelazny. Incomparable, inimitable, fabuleux, et encore, je me raisonne. Sinon, j’ai beaucoup joué à Donjons et dragons, Vampires, Bloodlust, JRTM, Call of Cthulhu, Star Wars et de très nombreux autres qui m’échappent certainement.

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Conférence sur le jeu de rôle aux Imaginales 2016

¤Est-ce que le jeu de rôle a eu une influence sur ton écriture, la création de l’univers, des personnages ?

Le jdr est à la base même de l’existence du Bâtard de Kosigan et de son univers (même s’il s’agissait d’un jdr informatique). Il a été le héros d’une série d’aventures que j’ai réalisées pour le jeu de rôle PC Neverwinter Nights.  C’est finalement dans ce contexte que j’ai fait mes premières armes en écriture puisque je travaillais énormément les dialogues et que chaque module représentait l’équivalent d’un roman. Le premier tome de la saga chez Mnemos ne reprend pas une aventure déjà publiée, mais les suivants se basent sur des histoires qui ont déjà été réalisées sur ordinateur (ne croyez pas que c’est un avantage, cela ne les rend que plus difficiles à retranscrire en roman, car c’est un véritable casse-tête). En revanche, la partie XIX° siècle, ainsi que les personnages secondaires du XIV° sont entièrement inédits, et le détail des péripéties et des rebondissements, bien différent.

¤ Comment as-tu choisi les 2 époques du récit du bâtard de Kosigan ? Le choix de la double narration s’est-il imposé dès le début du projet ?

Le XIV° siècle correspond au début de la guerre de cent ans qui se trouve être une période qui m’a toujours intéressé. Quant au XIX° siècle, c’est un peu différent. Dès l’origine du projet je souhaitais avoir un écho des aventures du Bâtard quelques siècles plus tard dans un univers rationnel, afin de suggérer que l’Histoire pouvait avoir été manipulée entre les deux dates. J’ai choisi le tournant du XIX° et du XX° siècle pour des raisons à la fois scénaristiques (cela me laissait l’opportunité d’imaginer ou d’écrire des aventures jusqu’à nos jours) ; littéraires (dans le tome 1 j’avais envie d’user d’une écriture plus travaillée pour figurer ce XIX° siècle) ; et stratégiques (l’espoir que cette petite originalité pouvait interpeller les éditeurs).

¤Pourquoi avoir choisi d’écrire de la fantasy historique ? Par passion pour l’histoire ?

En partie, certainement. Mais surtout, je trouve que placer une intrigue dans un contexte historique lui donne immédiatement profondeur et richesse. L’hostilité, au Moyen-âge, entre la France et l’Angleterre, parle immédiatement à beaucoup de monde. Les civilisations égyptiennes, grecques, romaines, byzantines, les invasions « barbares », les croisades, les sorcières, l’Inquisition, la révolution française, les guerres napoléoniennes ; leur simple évocation éveille des images. En revanche, j’ai le sentiment que si, en tant qu’auteur, on choisit d’inventer un monde entier avec ses royaumes, son histoire, ses peuples, ses dieux, ses coutumes, ses inimitiés ancestrales, non seulement (si on le fait à moitié) on n’a aucune chance d’obtenir une richesse similaire, mais en plus (si on souhaite vraiment jouer le jeu pour en donner l’impression) cela oblige à y consacrer une place énorme (et je veux dire par là, un grand nombre de pages du roman). Au final, soit l’auteur ne le fait pas (et cela donne une impression de pauvreté décevante), soit il y parvient mais cela l’oblige à sacrifier en partie le rythme et l’intensité. De mon point de vue, rares sont ceux qui obtiennent un résultat satisfaisant de cette façon, et lorsque c’est le cas, cela signifie qu’ils se sont appuyés sur des images mentales issues de notre véritable Histoire. Je pense à l’univers de Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski qui s’imprègne des ambiances vénitiennes et plus généralement méditerranéennes, ou à Games of Throne de G. Martin où on retrouve d’un côté l’Angleterre médiévale et de l’autre des civilisations moyen-orientales.

Mon idée était de prendre cette façon de faire à rebours : au lieu d’importer des éléments historiques pour construire un monde fictif, je souhaitais intégrer mes histoires dans le monde réel et y inclure des éléments légendaires.

¤As-tu eu l’idée de la trame générale des autres tomes en écrivant le premier roman dans l’univers de Kosigan ?

La trame de la saga du Bâtard au XIV° siècle est globalement prête depuis que j’ai terminé le 6° module de ses aventures sur Neverwinter Nights. En revanche, toute la partie XIX° siècle a été développée au fur et à mesure des romans. De ce côté-là, l’idée de la trame générale n’est venue que progressivement. Je crois savoir qu’une partie des lecteurs apprécient un peu moins les correspondances de Kergaël de Kosigan, et je les vois d’ici imaginer que cette construction en est la raison. Je ne le pense pas. À mon sens, il s’agit plutôt d’une question de dosage et d’équilibre : dans le premier tome, les passages au XIX° siècle sont volontairement très courts (entre 1 et 3 pages à chaque fois en moyenne), résultat, on est happé par l’histoire du Bâtard bien plus vite que par celle de son lointain descendant. Ce n’est pas qu’elle est moins bonne ou moins bien construite, mais plutôt qu’elle n’en est qu’à sa phase d’exposition et qu’elle n’a pas encore prit son essor puisqu’elle s’étale sur la totalité des romans du premier cycle. L’idée, dès le début, était de rééquilibrer les choses de livre en livre de manière à ce qu’à la fin du premier cycle, le lecteur soit au moins autant passionné par les découvertes sur l’histoire parallèle au XIX° siècle que par les intrigues du chevalier de Kosigan. J’ai bon espoir que ce plan machiavélique fonctionne.

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¤La thèse principale des aventures du bâtard est que le moyen âge est différent de celui que l’on connait. Si un agrégé d’histoire propose ce genre de thèse, on peut se questionner sur les sources historiques et l’histoire telle qu’on la connait. L’histoire est un domaine en évolution constante. Était-ce un objectif de départ de le montrer quand tu as commencé à écrire Kosigan ?

Non, ce n’était pas un objectif, simplement une série de facteurs qui permettait de s’engouffrer dans les vides, les fragilités et les incongruités de l’Histoire. Le manque de sources, le fait que beaucoup de textes soient en réalité des copies réalisées ultérieurement, l’existence de superstitions et de secrets qui se transmettaient uniquement par voie orale et dont on n’a plus trace, les croyances médiévales souvent passées sous silence concernant la magie et le surnaturel, le contrôle quasi-total de l’institution religieuse sur les écrits plusieurs siècles durant ; tout cela ouvrait de multiples possibilités. Je m’y suis engouffré presque par curiosité, pour voir jusqu’où cela pourrait mener. Et l’aventure s’est révélée fructueuse.

¤As-tu des conseils concernant des lectures ? Derniers coups de cœur à nous faire partager ?

J’ai relativement peu de temps pour lire, mais je parviens tout de même à avancer un peu.  Je découvre J-P Jaworski depuis 2 ou 3 ans (Gagner la Guerre, Janua Vera et le tome 1 de la série Rois du monde) avec délice. Une écriture extraordinaire, enlevée, pleine de gouaille et de textures mise au service d’intrigues prenantes et efficaces. Mais je pense que je n’apprends rien à personne. Stefan Platteau (j’ai lu Manesh, Dévoreur et l’excellente nouvelle qu’il a produite dans l’anthologie des Imaginales 2017) est un merveilleux conteur avec des intrigues et un univers très agréable et original. Gabriel Katz (j’ai lu le Puit des mémoires et sa nouvelle dans l’anthologie des Imaginales 2016, très sympa), moi qui aime les jeux de rôle, je suis servi, on s’y croirait. Nabil Ouali, et son écriture déliée et poétique (tome 1 de la voix de l’empereur qui en est à 3 je crois, ou ça ne saurait tarder…). Estelle Faye (les Seigneurs de Bohen), très agréable et bien mené. J’ai envie de lire Adrien Tomas également, Jean-Luc Marcastel, Mathieu Rivero, Matt Verdier et des tas d’autres.

Sinon, côté anglo-saxon, j’ai fini cet été les tomes 1 et 2 des Salauds Gentilshommes de Scott Lynch, très agréable, avec des dialogues particulièrement savoureux.

Au final, afin que nous ayons tous davantage de temps à consacrer à la lecture, je vous conseille de militer comme moi en faveur du passage de la taille réglementaire des journées à 72 heures, sans augmentation de travail ou de sommeil !

 

Les livres en grand format:

Le Bâtard de Kosigan L'ombre du pouvoirLe fou prend le roi

Et en poche :

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18 réflexions au sujet de « Interview Fabien Cerutti »

  1. Merci pour cet entretien ! Ça me rappelle qu’il faut que j’achète le tome 3 du Batârd de Kosigan !
    Et merci pour les pistes de lecture à la fin, déjà que j’ai une vingtaine de bouquins en attente, ça ne va pas m’aider ça 😉
    Au passage, elles sont bien les anthologies des imaginales ? La 2017 a l’air disponible encore….

    Aimé par 1 personne

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